DORNIER 24

Cavalaire - janvier 2002

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Cette aventure collective est, ou sera détaillée, sur les sites d’Aldo Ferrucci. Il ne s’agit ici que de relater l’expérience d’un plongeur en circuit fermé .
   
   

ENGLISH TEXT

 

DORNIER 24 - LES PHOTOS ( page 1 )

DORNIER 24 - LES PHOTOS ( page 2 )

L'EQUIPE - THE TEAM

Un Dornier 24 en Norvège - Anders Ståhl

   
   
Crédit photos et logo : Aldo Ferrucci (sauf autres indications).
Copyright sur texte et photos : Bubnotbub® et Xpedition team®.
Reproduction interdite sans autorisation écrite d' Aldo Ferrucci et de Stéphane Havard.



Dornier 24 sur l'eau

DORNIER 24 sur l'eau

   
    Quelques semaines avant Noël 2001, mon ami et instructeur de plongée technique favori Aldo Ferrucci me prévient qu'il organise une semaine de plongée à Cavalaire mi-janvier 2002 sur l'épave d'un Dornier 24. Evidemment je suis partant. De nombreuses plongées avec Aldo et quelques expéditions dont celle sur l'Andrea Doria, m'ont convaincu de ses talents d'organisateur et de  chef plongeur. Cerise sur le gâteau, il accepte sans hésitation que je plonge avec mon circuit fermé Buddy Inspiration que j'ai récemment personnalisé pour la plongée profonde. A nous l’avion ! Ce gros hydravion trimoteur accidenté en 1949 a été retrouvé à une centaine de mètres de profondeur. Quelques plongeurs en ont rapporté des photos et le souvenir d'une plongée extraordinaire dans de l'eau très claire. Aldo a également effectué des plongées de reconnaissance pendant l'été 2001 et a été gratifié de la visite d’une raie manta lors d’un palier ! Quelle meilleure augure peut-on espérer ?

    Au cours des semaines de la fin de l’année, je me suis surtout plongé sur mon ordinateur pour comparer les profils de décompression de mes logiciels habituels, Abyss et DDplan pour les plongées en circuit fermé, avec le profil calculé par V-Planner (variable permeability membrane). Les résultats surprennent mais séduisent. Les premiers paliers débutent très profonds, les paliers proches de la surface et la durée totale de la décompression sont raccourcis de façon significative par rapport aux paliers haldaniens, même modifiés par les facteurs de gradient (high et low GF d’Erik Baker). De nombreux échanges sur le web avec les auteurs de ce modèle et de ce logiciel ainsi qu’avec les utilisateurs « cobayes » recensés m’affranchissent de mes dernières réticences. Le logiciel choisi, il me reste à réfléchir aux mélanges afin d’optimiser les deux désaturations d’azote et d’hélium.

    J’essaye maintenant (mais peut-être pas de façon définitive …) de limiter au maximum le remplacement brutal de l’hélium par l’azote lors des paliers profonds pour ne pas subir en même temps la désaturation accélérée de l’hélium et une re-saturation en azote réalisant une plongée « yoyo ». Pourtant les nombreuses plongées en circuit ouvert dans la zone des cent mètres avec les mélanges successifs héliair 50 (trimix10/50), air, nitrox 30 ou 40 %, O2 80 ou 100 %, se sont déroulées sans incident. Néanmoins, j’essaye de réduire la fatigue physiologique de mes décompressions, même si cette considération sur l’effet nuisible de la resaturation en azote conduit à en rallonger la durée. L’objectif n’étant pas une déco la plus courte possible, mais une déco la plus sûre possible, tout en évitant bien sûr de passer inutilement la nuit à trois mètres. Si on est à un quart d’heure près pour une plongée à cent mètres, tant dans la préparation que dans la durée d’immersion, il est préférable de rester jouer au baby-foot. Je précise ici que ces considérations pseudo-théoriques me sont tout à fait personnelles (bien que partagées par d’autres) et sont sûrement fausses. La physiologie de la décompression reste un grand mystère.

    En circuit fermé, la conclusion pratique est simple : arrêter le flush à l’air à quarante mètres. On pourrait cependant le réaliser à vingt mètres par exemple, ou l’effet « yoyo » de l’azote serait réduit, surtout avec des PpO2 de décompression autour de 1,4 bar ou au delà. Mais les logiciels montrent alors que le gain sur la durée de la déco devient négligeable. Donc pas de flush du tout et par conséquent un seul diluant pour toute la plongée : plus simple donc plus sûr. Pour nos paramètres habituels de profondeur et de durée de plongée (60 à 120 m, 10 à 30 minutes), l’héliox « pur » conduit à des décompressions beaucoup plus longues que le trimix (l’air est exclu à ces profondeurs). Par ailleurs, un peu d’azote dans le mélange permet de mieux tolérer les descentes rapides. Le diluant sera donc un héliair à 62 % d’hélium (trimix 8/62), me donnant au fond une PpO2 de 0,88 bar si en cas de problème dans le circuit fermé, je dois le respirer en circuit ouvert, et une profondeur équivalente à l’air de 31 mètres. Quel confort et surtout quelle sécurité quand je pense à nos plongées à l’air antillais des années quatre-vingt sur le Tamaya ! Le deuxième bloc de trois litres de mon Buddy sera bien sûr rempli à l’oxygène pur. Je reste adepte des PpO2 prudentes pendant les phases de descente et de fond de la plongée : mes set-points seront donc de 0,5 bar pour la descente, 1,0 bar au fond et pendant les premiers paliers jusqu’à 60 mètres, puis 1,3 bar ensuite que j’augmenterai progressivement jusqu’à 1,5 bar au cours de la remontée.

    Voilà pour l’option « top cool », il faut ensuite prévoir l’autre option, celle ou tout va mal, celle qui vous oblige à cracher l’embout de votre circuit fermé parce qu’il s’est brutalement rempli d’eau sodée que vos poumons refusent énergiquement, ou parce que l’électronique délire, voire s’éteint. Certes, de nombreux d’exercices effectués dans le calme et sous le contrôle du triple affichage de vos cellules oxymétriques peuvent vous permettre de vous en sortir tout en continuant à respirer dans les faux-poumons, mais je préfère l’option du « bail-out » en circuit ouvert. Dans le stress, rien ne vaut votre détendeur fétiche vous inondant les alvéoles d’un nectar gazeux concocté avec passion et moultes fois vérifié avant l’immersion. Au delà des alvéoles … le cerveau ! Prenons soin des deux pour la plongée suivante. De plus, ce détendeur salvateur doit être immédiatement accessible. J’attends avec impatience mon embout de circuit-fermé avec deuxième étage intégré pour pouvoir passer en circuit ouvert d’un quart de tour de vanne. Pour l’instant, dans l’urgence, je saisis le détendeur relié à mon bloc de bail-out calé sous le bras gauche. C’est mon ventral.

    Des rapides calculs (pas par moi, par l’ordinateur …) de consommation et de temps de décompression, mis en parallèle avec des considérations pratiques (limitation à dix litres du volume des blocs à emporter sous les bras, facilité de gonflage, besoin d’un mélange utilisable dans le vêtement sec, décompression avec la même table en cas de passage en circuit ouvert, …) m’offrent plusieurs solutions. J’opte pour un mélange de secours héliair à 50 % d’hélium (trimix 10/50) pour la remontée jusqu’à 42 m (je peux également le respirer au fond ou le passer à un autre plongeur) et un second avec du nitrox 30 de 42 à 9 m. Ce nitrox 30 me servira aussi à gonfler mon vêtement sec. Les puristes calculateurs remarqueront que les changements de mélange s’accompagnent d’une « redescente » en azote (17 à 35 m lors du switch trimix 10/50 pour nitrox 30 à 42 m) ; petite entorse au principe précédent, mais nous sommes dans une situation de secours. Arrivé à 6 m, je pourrais respirer l’oxygène à partir de mon bloc de trois litres in-bord grâce à un détendeur que j’ai relié au côté oxygène de la barre moyenne pression du recycleur. Pour éviter que ce détendeur ne fuse pendant la plongée et ne me prive inopinément de mon précieux oxygène, j’y ai installé une petite valve fermant la moyenne pression juste en amont du deuxième étage. Me voilà donc deux fois autonome sous l’eau : une première fois en circuit fermé, une seconde en circuit ouvert. Et même une troisième fois puisque je sais que grâce au principe du tiers mes compagnons auront également du gaz pour me remonter en circuit ouvert jusqu’au palier de 6 m où sera installé un narghilé d’oxygène avec sept détendeurs. C’est l’adhésion parfaite au principe élémentaire de survie sous l’eau (et ailleurs) : « ceinture et deux bretelles ». La sécurité d’une telle plongée est à ce prix et l’autonomie n’est que relative puisque dès la phase d’équipement et jusqu’à la phase de récupération des blocs de bail-out par les plongeurs d’assistance, je dépends d’eux et de la vigilance de l’équipage du bateau. La plongée technique n’est pas de la plongée autonome.

    Me voilà en théorie prêt pour cette plongée à 98 m. La pratique va mettre à l’épreuve cette construction pour l’instant virtuelle, mon sang-froid et ma formation. Dimanche 13 janvier, rien à dire sur les 950 kilomètres de route avalés en solitaire puisque mon co-équipier a préféré partir en avion le vendredi soir pour gagner 48 heures sur place. Une partie de l’équipe fera la première plongée sur l’avion ce dimanche. Je les retrouve le soir après mon arrivée tardive et leur description me rend impatient mais je devrai attendre mardi avant d’y descendre car n’ayant pas plongé depuis huit semaines, je préfère me mettre en condition sur des fonds moins importants. Ma première plongée se fait donc sur le Togo le lundi après-midi avec la configuration prévue pour 98 mètres. La descente s’effectue sans problèmes. Arrivé sur l’épave à 55 mètres, je constate que je suis anormalement lourd car j’ai besoin de gonfler ma bouée dorsale. Rapidement j’attribue avec raison cette anomalie au poids élevé de mes deux nouveaux blocs Roth de dix litres en bail-out de chaque coté. Heureusement que je ne suis pas à 98 mètres ! Essoufflement garanti ! Je m’allégerai de façon conséquente lors des plongées suivantes. L’équilibre finalement établi au-dessus de l’épave, je vérifie mes contrôleurs et je pousse le bouton central pendant quelques secondes pour passer au « high set-point » à 1,0 bar. Instantanément ou presque j’entends mon solénoïde qui s’ouvre et injecte l’oxygène dans mon circuit respiratoire. Ce souffle fin est brutalement remplacé par une sonnerie stridente qui me hurle dans l’oreille gauche : bip bip … bip bip … bip bip … bip bip … C’est l’alarme du circuit fermé. Je me précipite sur les contrôleurs qui m’informent platement dans l’indifférence informatique : CELL WARNING. Ma cellule numéro un indique une valeur de PpO2 anormalement plus basse que celle affichée par les deux autres. Le résultat immédiat est de bloquer tous les automatismes de l’appareil, sauf bien sûr l’affichage des trois PpO2. Me voilà donc en pilotage manuel. Je décide de poursuivre la plongée tout en injectant régulièrement par la valve manuelle un peu d’oxygène pour maintenir la PpO2 des deux cellules que je considère fonctionnelles le plus près possible du 1,0 programmé. Je ne regrette pas les heures d’exercice sur Buddy Inspiration et sur CCR 2000. L’épave est d’autant plus magnifique que ma profondeur équivalente à l’air est de 14 mètres. Je profite de tous les recoins. Néanmoins l’alarme ne cessant de me beugler dans les oreilles, j’abrège la plongée et nous remontons après 15 minutes au lieu des 20 prévues. Premier palier à 42 mètres et trois quart d’heure de déco toujours en manuel avec l’alarme comme fond sonore. Quelques vérifications et modifications vont s’imposer en surface pour réaliser la plongée sur l’avion dans de meilleures conditions d’équipement.

    Mardi matin, je contrôle mes cellules qui ont séchées pendant la nuit à distance raisonnable du radiateur. J’espère que le décalage de ma cellule numéro un était du à « une goutte d’eau ». Au multimètre elles produisent toutes les trois un peu plus de dix millivolts dans l’air ambiant. Elles sont donc à priori aptes. Lors de la calibration elles « montent » de façon synchrone jusqu’à leur valeur maximale. Une fois la calibration effectuée elles tiennent toutes les trois le 1,00. Le problème d’hier me semblent donc résolu ou inexpliqué. N’ayant pas de cellules de rechange, je décide de plonger avec ces trois là. Vers onze heures nous arrivons avec le zodiac de Momo sur le bout qui nous conduira à l’avion. Préparation en douceur ; nous sommes sept à descendre ce matin. Après les vérifications de routine, je me sangle l’embout du circuit fermé autour de la tête et commence à respirer pour chauffer la chaux. Les cellules réagissent bien et le solénoïde injecte quand il le faut. J’enfile le masque et après en avoir vérifié l’étanchéité je me mets à l’eau par une délicate bascule arrière. A la surface, je positionne correctement les deux blocs de bail-out ainsi que les détendeurs de secours, je fixe le phare de façon à ce qu’il éclaire devant moi sans que j’ai besoin de le tenir, j’assure mes palmes et vérifie de nouveau mes injecteurs de diluant et d’oxygène. Tout est prêt. Après plusieurs minutes à remplacer progressivement et prudemment l’air des faux et des vrais poumons par du trimix hypoxique que le solénoïde enrichit, je vide un peu mon vêtement sec et mes faux poumons pour m’enfoncer dans le bleu de la Méditerranée. J’ai planifié une plongée de 14 minutes. Le bout blanc se détache bien et en un peu plus de trois minutes je retrouve au fond les plongeurs en circuit ouvert qui sont descendus plus rapidement. L’avion est magnifique, il me reste moins de onze minutes pour en faire le tour, j’explorerai quelques détails lors des plongées suivantes. L’équilibre est parfait, sans aucune variation de la flottabilité lors des cycles respiratoires. Je vole autour de cette étrange avion posé sur une autre planète. Tout se passe bien. J’active le poussoir central de mon contrôleur principal pour que ma PpO2 se stabilise à mon « high set-point » de 1,00. Bip bip … bip bip … bip bip … bip bip … bip bip …P… d’alarme ! Quoi encore ? Je regarde mes affichages : CELL WARNING.

    La cellule numéro un a décroché. Me voilà de nouveau en pilotage manuel, mais cette fois-ci à 98 mètres sous la surface. Bon, bref point de la situation. Primo : rinçage au diluant pour tester les cellules. Numéro deux et trois sont cohérentes avec le résultat théorique de 0,88; numéro un m’a donc blousé en surface. Secundo : pas d’essoufflement. Tertio : flottabilité toujours parfaite. Quarto : état de conscience semble calme et satisfaisant. Donc comme la veille, je continue en manuel sur le circuit fermé. Je vais essayer de profiter de cette épave malgré l’alarme incessante. Le ballet des plongeurs prolongés par leur phare ou leurs torches de vidéo est ponctué d’éclairs de flash et de nuages de bulles. Les congres sont énormes, les langoustes petites, l’avion fantômatique. Douze minutes de run time, je suis au dessus de la torpille à l’avant de l’avion, heureusement que ce n’est pas une mine accoustique ! Je dois retourner au bout près de l’empennage lentement en planant au dessus de la carlingue. Je la survole et une sensation étrange m’envahit. Ma tête devient lourde, mon cœur résonne, mon champ visuel se rétrécit ainsi que mes capacités mentales, je n’aperçois plus le bout qui était devant moi clairement quelques instants plus tôt, je cherche de l’air alors que ma respiration n’est pas accélérée, une angoisse m’étreint, … assez analysé la situation, je ferme mon embout de circuit fermé avant de l’écarter de mes lèvres pour éviter d’inonder les faux poumons et me précipite sur mon détendeur de bail-out fond. Dès la première expiration ces sensations inquiétantes disparaissent et le calme revient. Le bout blanc réapparaît devant mes yeux, je l’attrape, vérifie mon run time, tout va bien, je suis dans les temps et si je le souhaite je peux finir cette plongée en circuit ouvert avec mes deux blocs de secours. Je regarde mes contrôleurs tout en remontant lentement au premier palier à 78 mètres. Les PpO2 affichées sont correctes, je décide de reprendre le circuit fermé après cette pause d’une à deux minutes en circuit ouvert. Prudemment je quitte le deuxième étage et expire dans l’embout de mon Buddy tout en le faisant tourner pour l’ouvrir. Avant d’inspirer dedans, je refais un rinçage au diluant par précaution. J’inspire … tout se passe bien, nouvelle inspiration dans le circuit fermé, toujours bien. Les cellules deux et trois répondent bien, tant vers le bas quand je consomme l’oxygène que vers le haut quand j’injecte l’oxygène par la valve manuelle. OK, je continue avec le circuit fermé et attaque le palier de 75 mètres. L’alarme poursuit sa stridulation dans mes oreilles. Je ne peux l’arrêter sans couper toute l’électronique du Buddy et donc me priver de l’affichage des PpO2. Je devrais alors finir en circuit ouvert. Je poursuis malgré l’alarme. Arrivé au palier de 60 mètres, toujours manuellement je monte ma PpO2 à 1,3. Plus d’une heure et demi de déco en manuel dans le bruit ! Que s’est-il passé au fond ?

    J’ai eu le temps d’y réfléchir pendant la lente ascension vers la surface. J’élimine d’emblée l’hypoxie qui m’aurait conduit sans signes prémonitoires à un coma calme. J’élimine également l’hypercapnie car ma chaux était neuve et surtout mon rythme respiratoire n’était pas accéléré; l’inspection du fond de la cartouche de chaux après la plongée ne révèlera pas non plus la présence d’eau qui aurait pu l’altérer. L’hyperoxie n’est pas exclue et pourrait être mise sur le compte d’un mauvais fonctionnement en fait des trois cellules vieillissantes; elles n’ont cependant que six mois. Est-il possible qu'une bulle d'oxygène ait circulé du solénoïde avant le cell warning, ou de l'injecteur manuel sans se mélanger au volume de gaz déjà présent dans les faux poumons ? Si c’est le cas, c’est imparable. Mais ces symptômes évoquent également une narcose. Mon rinçage de l’air contenu dans les faux et les vrais poumons en surface pour le remplacer par du trimix 8/62 n’a peut être pas été complètement efficace et là encore il est possible qu’une nappe résiduelle d’air ait circulé sans se mélanger au trimix dans le poumon inspiratoire avant finalement d’atteindre mes alvéoles. Cette hypothèse fait alors associer une narcose à une hyperoxie non détectable par les cellules car se produisant entre les cellules et mes poumons. La prévention passe par un meilleur rinçage en surface, à répéter une ou deux fois pendant la descente. Je m’y astreindrai lors des plongées suivantes.

    Mercredi est un jour de dégazage en surface : pas de plongée. J’en profite pour faire un aller et retour sur Monaco où un ami instructeur Buddy Inspiration possède des cellules neuves. Je change donc la cellule numéro un défectueuse et vérifie son « millivoltage » : 8,3 millivolt. Je la conserve pour la tester de nouveau dans les jours qui suivent. La nouvelle cellule ne produit que 8,4 millivolt en air ambiant. Cela me semble peu pour une cellule neuve mais reste dans la fourchette autorisée par le constructeur. Les cellules deux et trois d’origine produisent toujours plus de 10 millivolt.
    Jeudi. Nouvelle plongée sur l’avion avec ma cellule changée et mon appareil vérifié de fond en comble. Je descends avec Edoardo, instructeur italien de Buddy Inspiration, lui aussi bien sûr avec sa tortue jaune sur le dos. Après le sanglage de l’embout autour de la tête, je m’applique à un rinçage progressif pour éviter l’hypoxie. Je répéterai ce rinçage au diluant à 10 mètres et à trente mètres. Cela doit réduire le risque de conserver un taux élevé d’azote dans mon circuit respiratoire. Arrivé à cinquante mètres j’aperçois l’avion et les plongeurs en circuit ouvert qui s’en approchent plus vite que moi. Je lève la tête et à ma grande stupéfaction j’aperçois également le zodiac à la surface. Les conditions sont exceptionnelles : aucun plancton, aucun courant, le bout tombe raide à côté de l’empennage. Arrivé au fond la lumière surprend, l’avion se distingue d’un bout à l’autre. Les caméras et les flash sont déjà en action. J’entreprends un vol stationnaire au dessus de la carlingue, là où les ailes sont pliées, et lentement je pousse le bouton du milieu de mon contrôleur principal et j’attends. Pas d’alarme. Dans le silence total propre aux recycleurs, mon affichage indique HIGH SET-POINT 1,0. Seul le flux intermittent de l'oxygène provenant du solénoïde trouble cette paix. Quel bonheur cette cellule neuve ! J’entreprends une nouvelle exploration de cette carcasse. Les positions des plongeurs en équilibre au dessus des ailes me rappellent nos regroupements sur les ailes de Twin-Otter ou de Dakota avant les sauts de vol relatif quatre mille mètres plus haut et vingt ans plus tôt. La torpille n’a pas bougé depuis avant-hier. Le contrôle régulier de mon affichage ne décèle aucune anomalie. Les indications des trois cellules sont cohérentes, avec cependant une valeur un peu supérieure pour la nouvelle, mais pas assez pour déclencher un CELL WARNING. Cela dit je commence à être habitué … mais là, quelle cellule croire ? La question heureusement ne va pas se poser et sans aucune autre sensation que celle d’une merveilleuse plongée dans un autre univers, je retourne tranquillement au bout qui doit me conduire en une heure et demi à la surface. Bip bip … bip bip … bip bip … bip bip … A peine accroché au bout, mon alarme retentit. Mon affichage indique LOW BATTERY sur mon contrôleur principal. Ouf, ce n’est vraiment rien. Je l’éteins, vérifie que le contrôleur secondaire se proclame principal et assure dorénavant le contrôle du solénoïde puis rallume l’ex-principal. Il devient alors secondaire et ainsi consomme moins d’énergie. Je dois changer une pile avant la prochaine plongée. La remontée se déroule sans incident mais les valeurs de PpO2 indiquées par la cellule numéro un restent plus élevées que celles des deux autres. Je dois également penser à les changer rapidement.

    L’occasion m’en sera donné le soir même car un ami qui fabrique son propre circuit fermé va passer prendre un pot et me laisser deux cellules neuves. Ces deux cellules produisent 10,4 milllivolt. Je change également une des deux piles et prépare l’appareil pour la plongée de vendredi. Cette soirée étant la dernière pour quatre d’entre nous, nous nous retrouvons pour le dîner chez Aldo. Inutile de préciser que le rinçage des gosiers va largement dépasser les limites du nécessaire … sans toutefois franchir celles du déraisonnable. Néanmoins le vendredi matin, il me paraît plus prudent de plonger de nouveau sur le Togo plutôt que sur l’avion. A contre cœur pour certains, mais la fatigue a déjà été la cause de bends chez deux de nos compagnons au cours de la plongée de mardi. Rapidement une séance de caisson a fait disparaître les douleurs. Ils replongeront dans quelques mois. Cette fois ci la plongée de vingt minutes sur le Togo se déroulera sans le moindre incident. Le rêve ne sera pas interrompu prématurément par la sonnerie brutale du réveil. Un dernier repas avec l’équipe restante qui doit plonger sur l’avion samedi, et de nouveau les 950 kilomètres dans l’autre sens.

    Ce résumé succinct des quatre plongées ne doit pas occulter l’aspect humain tout aussi enrichissant de cette équipe franco-italienne de passionnés. Là encore le travail et la préparation d’Aldo ont permis une orchestration parfaite de cette semaine qui a vu onze plongeurs réaliser trente cinq plongées à 98 mètres dont quatre en circuit fermé.

    Cette expérience impose quelques remarques :
- la simple mesure du millivoltage d'une cellule et le contrôle de sa tenue du 1,0 bar en surface ne suffisent pas à en garantir le bon fonctionnement pendant une plongée;
- quand une cellule commence à montrer des signes de faiblesse il faut changer les trois (surtout que cela est marqué dans tous les bons manuels de circuit fermé);
-la sécurité, et donc sa vie, passent par le bon entretien du matériel et la répétition des exercices;
- un système altenatif de respiration est indispensable.
   
ADDENDUM : Deux mois après ces plongées, Martin Parker a adressé aux utilisateurs de Buddy Inspiration, une note expliquant la fréquence des CELL WARNING au cours des plongées avec variation rapide de pression (descente rapide). Il suggère des modifications simples sur les capuchons des cellules. Je suis retourné plonger sur cette épave d'avion en avril, après avoir effectué les modifications suggérées par Martin Parker. Je n'ai rencontré aucun problème et les valeurs de PpO2 affichées sur les controlleurs sont toujours restées extrèmement proches les unes des autres.
   
Stéphane Havard. Janvier 2002.

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Un Dornier 24 en Norvège - Anders Ståhl

 

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