| Cette aventure collective est, ou sera détaillée, sur les sites dAldo Ferrucci. Il ne sagit ici que de relater lexpérience dun plongeur en circuit fermé . | |
| Crédit photos et logo :
Aldo Ferrucci (sauf autres indications). Copyright sur texte et photos : Bubnotbub® et Xpedition team®. Reproduction interdite sans autorisation écrite d' Aldo Ferrucci et de Stéphane Havard.
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DORNIER 24 sur l'eau |
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| Quelques semaines
avant Noël 2001, mon ami et instructeur de plongée
technique favori Aldo Ferrucci me prévient qu'il
organise une semaine de plongée à Cavalaire mi-janvier
2002 sur l'épave d'un Dornier 24. Evidemment je suis
partant. De nombreuses plongées avec Aldo et quelques
expéditions dont celle sur l'Andrea Doria, m'ont
convaincu de ses talents d'organisateur et de chef
plongeur. Cerise sur le gâteau, il accepte sans hésitation
que je plonge avec mon circuit fermé Buddy Inspiration
que j'ai récemment personnalisé pour la plongée
profonde. A nous lavion ! Ce gros hydravion
trimoteur accidenté en 1949 a été retrouvé à une
centaine de mètres de profondeur. Quelques plongeurs en
ont rapporté des photos et le souvenir d'une plongée
extraordinaire dans de l'eau très claire. Aldo a également
effectué des plongées de reconnaissance pendant l'été
2001 et a été gratifié de la visite dune raie
manta lors dun palier ! Quelle meilleure augure
peut-on espérer ? |
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| Au cours des
semaines de la fin de lannée, je me suis surtout
plongé sur mon ordinateur pour comparer les profils de décompression
de mes logiciels habituels, Abyss et DDplan pour les
plongées en circuit fermé, avec le profil calculé par
V-Planner (variable permeability membrane). Les résultats
surprennent mais séduisent. Les premiers paliers débutent
très profonds, les paliers proches de la surface et la
durée totale de la décompression sont raccourcis de façon
significative par rapport aux paliers haldaniens, même
modifiés par les facteurs de gradient (high et low GF dErik
Baker). De nombreux échanges sur le web avec les auteurs
de ce modèle et de ce logiciel ainsi quavec les
utilisateurs « cobayes » recensés maffranchissent
de mes dernières réticences. Le logiciel choisi, il me
reste à réfléchir aux mélanges afin doptimiser
les deux désaturations dazote et dhélium. |
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| Jessaye
maintenant (mais peut-être pas de façon définitive
) de limiter au maximum le remplacement brutal de lhélium
par lazote lors des paliers profonds pour ne pas
subir en même temps la désaturation accélérée de lhélium
et une re-saturation en azote réalisant une plongée
« yoyo ». Pourtant les nombreuses plongées
en circuit ouvert dans la zone des cent mètres avec les
mélanges successifs héliair 50 (trimix10/50), air,
nitrox 30 ou 40 %, O2 80 ou 100 %, se sont déroulées
sans incident. Néanmoins, jessaye de réduire la
fatigue physiologique de mes décompressions, même si
cette considération sur leffet nuisible de la
resaturation en azote conduit à en rallonger la durée.
Lobjectif nétant pas une déco la plus
courte possible, mais une déco la plus sûre possible,
tout en évitant bien sûr de passer inutilement la nuit
à trois mètres. Si on est à un quart dheure près
pour une plongée à cent mètres, tant dans la préparation
que dans la durée dimmersion, il est préférable
de rester jouer au baby-foot. Je précise ici que ces
considérations pseudo-théoriques me sont tout à fait
personnelles (bien que partagées par dautres) et
sont sûrement fausses. La physiologie de la décompression
reste un grand mystère. |
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| En circuit fermé,
la conclusion pratique est simple : arrêter le
flush à lair à quarante mètres. On pourrait
cependant le réaliser à vingt mètres par exemple, ou leffet
« yoyo » de lazote serait réduit,
surtout avec des PpO2 de décompression autour de 1,4 bar
ou au delà. Mais les logiciels montrent alors que le
gain sur la durée de la déco devient négligeable. Donc
pas de flush du tout et par conséquent un seul diluant
pour toute la plongée : plus simple donc plus sûr.
Pour nos paramètres habituels de profondeur et de durée
de plongée (60 à 120 m, 10 à 30 minutes), lhéliox
« pur » conduit à des décompressions
beaucoup plus longues que le trimix (lair est exclu
à ces profondeurs). Par ailleurs, un peu dazote
dans le mélange permet de mieux tolérer les descentes
rapides. Le diluant sera donc un héliair à 62 % dhélium
(trimix 8/62), me donnant au fond une PpO2 de 0,88 bar si
en cas de problème dans le circuit fermé, je dois le
respirer en circuit ouvert, et une profondeur équivalente
à lair de 31 mètres. Quel confort et surtout
quelle sécurité quand je pense à nos plongées à lair
antillais des années quatre-vingt sur le Tamaya ! Le
deuxième bloc de trois litres de mon Buddy sera bien sûr
rempli à loxygène pur. Je reste adepte des PpO2
prudentes pendant les phases de descente et de fond de la
plongée : mes set-points seront donc de 0,5 bar
pour la descente, 1,0 bar au fond et pendant les premiers
paliers jusquà 60 mètres, puis 1,3 bar ensuite
que jaugmenterai progressivement jusquà 1,5
bar au cours de la remontée. |
|
| Voilà pour loption
« top cool », il faut ensuite prévoir lautre
option, celle ou tout va mal, celle qui vous oblige à
cracher lembout de votre circuit fermé parce quil
sest brutalement rempli deau sodée que vos
poumons refusent énergiquement, ou parce que lélectronique
délire, voire séteint. Certes, de nombreux dexercices
effectués dans le calme et sous le contrôle du triple
affichage de vos cellules oxymétriques peuvent vous
permettre de vous en sortir tout en continuant à
respirer dans les faux-poumons, mais je préfère loption
du « bail-out » en circuit ouvert. Dans le
stress, rien ne vaut votre détendeur fétiche vous
inondant les alvéoles dun nectar gazeux concocté
avec passion et moultes fois vérifié avant limmersion.
Au delà des alvéoles
le cerveau ! Prenons
soin des deux pour la plongée suivante. De plus, ce détendeur
salvateur doit être immédiatement accessible. Jattends
avec impatience mon embout de circuit-fermé avec deuxième
étage intégré pour pouvoir passer en circuit ouvert dun
quart de tour de vanne. Pour linstant, dans lurgence,
je saisis le détendeur relié à mon bloc de bail-out
calé sous le bras gauche. Cest mon ventral. |
|
| Des rapides
calculs (pas par moi, par lordinateur
) de
consommation et de temps de décompression, mis en parallèle
avec des considérations pratiques (limitation à dix
litres du volume des blocs à emporter sous les bras,
facilité de gonflage, besoin dun mélange
utilisable dans le vêtement sec, décompression avec la
même table en cas de passage en circuit ouvert,
)
moffrent plusieurs solutions. Jopte pour un mélange
de secours héliair à 50 % dhélium (trimix 10/50)
pour la remontée jusquà 42 m (je peux également
le respirer au fond ou le passer à un autre plongeur) et
un second avec du nitrox 30 de 42 à 9 m. Ce nitrox 30 me
servira aussi à gonfler mon vêtement sec. Les puristes
calculateurs remarqueront que les changements de mélange
saccompagnent dune « redescente »
en azote (17 à 35 m lors du switch trimix 10/50 pour
nitrox 30 à 42 m) ; petite entorse au principe précédent,
mais nous sommes dans une situation de secours. Arrivé
à 6 m, je pourrais respirer loxygène à partir de
mon bloc de trois litres in-bord grâce à un détendeur
que jai relié au côté oxygène de la barre
moyenne pression du recycleur. Pour éviter que ce détendeur
ne fuse pendant la plongée et ne me prive inopinément
de mon précieux oxygène, jy ai installé une
petite valve fermant la moyenne pression juste en amont
du deuxième étage. Me voilà donc deux fois autonome
sous leau : une première fois en circuit fermé,
une seconde en circuit ouvert. Et même une troisième
fois puisque je sais que grâce au principe du tiers mes
compagnons auront également du gaz pour me remonter en
circuit ouvert jusquau palier de 6 m où sera
installé un narghilé doxygène avec sept détendeurs.
Cest ladhésion parfaite au principe élémentaire
de survie sous leau (et ailleurs) : « ceinture
et deux bretelles ». La sécurité dune telle
plongée est à ce prix et lautonomie nest
que relative puisque dès la phase déquipement et
jusquà la phase de récupération des blocs de
bail-out par les plongeurs dassistance, je dépends
deux et de la vigilance de léquipage du
bateau. La plongée technique nest pas de la plongée
autonome. |
|
| Me voilà en théorie
prêt pour cette plongée à 98 m. La pratique va mettre
à lépreuve cette construction pour linstant
virtuelle, mon sang-froid et ma formation. Dimanche 13
janvier, rien à dire sur les 950 kilomètres de route
avalés en solitaire puisque mon co-équipier a préféré
partir en avion le vendredi soir pour gagner 48 heures
sur place. Une partie de léquipe fera la première
plongée sur lavion ce dimanche. Je les retrouve le
soir après mon arrivée tardive et leur description me
rend impatient mais je devrai attendre mardi avant dy
descendre car nayant pas plongé depuis huit
semaines, je préfère me mettre en condition sur des
fonds moins importants. Ma première plongée se fait
donc sur le Togo le lundi après-midi avec la
configuration prévue pour 98 mètres. La descente seffectue
sans problèmes. Arrivé sur lépave à 55 mètres,
je constate que je suis anormalement lourd car jai
besoin de gonfler ma bouée dorsale. Rapidement jattribue
avec raison cette anomalie au poids élevé de mes deux
nouveaux blocs Roth de dix litres en bail-out de chaque
coté. Heureusement que je ne suis pas à 98 mètres !
Essoufflement garanti ! Je mallégerai de façon
conséquente lors des plongées suivantes. Léquilibre
finalement établi au-dessus de lépave, je vérifie
mes contrôleurs et je pousse le bouton central pendant
quelques secondes pour passer au « high set-point »
à 1,0 bar. Instantanément ou presque jentends mon
solénoïde qui souvre et injecte loxygène
dans mon circuit respiratoire. Ce souffle fin est
brutalement remplacé par une sonnerie stridente qui me
hurle dans loreille gauche : bip bip
bip bip
bip bip
bip bip
Cest lalarme
du circuit fermé. Je me précipite sur les contrôleurs
qui minforment platement dans lindifférence
informatique : CELL WARNING. Ma cellule numéro un
indique une valeur de PpO2 anormalement plus basse que
celle affichée par les deux autres. Le résultat immédiat
est de bloquer tous les automatismes de lappareil,
sauf bien sûr laffichage des trois PpO2. Me voilà
donc en pilotage manuel. Je décide de poursuivre la
plongée tout en injectant régulièrement par la valve
manuelle un peu doxygène pour maintenir la PpO2
des deux cellules que je considère fonctionnelles le
plus près possible du 1,0 programmé. Je ne regrette pas
les heures dexercice sur Buddy Inspiration et sur
CCR 2000. Lépave est dautant plus magnifique
que ma profondeur équivalente à lair est de 14 mètres.
Je profite de tous les recoins. Néanmoins lalarme
ne cessant de me beugler dans les oreilles, jabrège
la plongée et nous remontons après 15 minutes au lieu
des 20 prévues. Premier palier à 42 mètres et trois
quart dheure de déco toujours en manuel avec lalarme
comme fond sonore. Quelques vérifications et
modifications vont simposer en surface pour réaliser
la plongée sur lavion dans de meilleures
conditions déquipement. |
|
| Mardi matin, je
contrôle mes cellules qui ont séchées pendant la nuit
à distance raisonnable du radiateur. Jespère que
le décalage de ma cellule numéro un était du à
« une goutte deau ». Au multimètre
elles produisent toutes les trois un peu plus de dix
millivolts dans lair ambiant. Elles sont donc à
priori aptes. Lors de la calibration elles « montent »
de façon synchrone jusquà leur valeur maximale.
Une fois la calibration effectuée elles tiennent toutes
les trois le 1,00. Le problème dhier me semblent
donc résolu ou inexpliqué. Nayant pas de cellules
de rechange, je décide de plonger avec ces trois là.
Vers onze heures nous arrivons avec le zodiac de Momo sur
le bout qui nous conduira à lavion. Préparation
en douceur ; nous sommes sept à descendre ce matin. Après
les vérifications de routine, je me sangle lembout
du circuit fermé autour de la tête et commence à
respirer pour chauffer la chaux. Les cellules réagissent
bien et le solénoïde injecte quand il le faut. Jenfile
le masque et après en avoir vérifié létanchéité
je me mets à leau par une délicate bascule arrière.
A la surface, je positionne correctement les deux blocs
de bail-out ainsi que les détendeurs de secours, je fixe
le phare de façon à ce quil éclaire devant moi
sans que jai besoin de le tenir, jassure mes
palmes et vérifie de nouveau mes injecteurs de diluant
et doxygène. Tout est prêt. Après plusieurs
minutes à remplacer progressivement et prudemment lair
des faux et des vrais poumons par du trimix hypoxique que
le solénoïde enrichit, je vide un peu mon vêtement sec
et mes faux poumons pour menfoncer dans le bleu de
la Méditerranée. Jai planifié une plongée de 14
minutes. Le bout blanc se détache bien et en un peu plus
de trois minutes je retrouve au fond les plongeurs en
circuit ouvert qui sont descendus plus rapidement. Lavion
est magnifique, il me reste moins de onze minutes pour en
faire le tour, jexplorerai quelques détails lors
des plongées suivantes. Léquilibre est parfait,
sans aucune variation de la flottabilité lors des cycles
respiratoires. Je vole autour de cette étrange avion posé
sur une autre planète. Tout se passe bien. Jactive
le poussoir central de mon contrôleur principal pour que
ma PpO2 se stabilise à mon « high set-point »
de 1,00. Bip bip
bip bip
bip bip
bip bip
bip bip
P
dalarme !
Quoi encore ? Je regarde mes affichages : CELL
WARNING. |
|
| La cellule numéro
un a décroché. Me voilà de nouveau en pilotage manuel,
mais cette fois-ci à 98 mètres sous la surface. Bon,
bref point de la situation. Primo : rinçage au
diluant pour tester les cellules. Numéro deux et trois
sont cohérentes avec le résultat théorique de 0,88;
numéro un ma donc blousé en surface. Secundo :
pas dessoufflement. Tertio : flottabilité
toujours parfaite. Quarto : état de conscience
semble calme et satisfaisant. Donc comme la veille, je
continue en manuel sur le circuit fermé. Je vais essayer
de profiter de cette épave malgré lalarme
incessante. Le ballet des plongeurs prolongés par leur
phare ou leurs torches de vidéo est ponctué déclairs
de flash et de nuages de bulles. Les congres sont énormes,
les langoustes petites, lavion fantômatique. Douze
minutes de run time, je suis au dessus de la torpille à
lavant de lavion, heureusement que ce nest
pas une mine accoustique ! Je dois retourner au bout
près de lempennage lentement en planant au dessus
de la carlingue. Je la survole et une sensation étrange
menvahit. Ma tête devient lourde, mon cur résonne,
mon champ visuel se rétrécit ainsi que mes capacités
mentales, je naperçois plus le bout qui était
devant moi clairement quelques instants plus tôt, je
cherche de lair alors que ma respiration nest
pas accélérée, une angoisse métreint,
assez analysé la situation, je ferme mon embout de
circuit fermé avant de lécarter de mes lèvres
pour éviter dinonder les faux poumons et me précipite
sur mon détendeur de bail-out fond. Dès la première
expiration ces sensations inquiétantes disparaissent et
le calme revient. Le bout blanc réapparaît devant mes
yeux, je lattrape, vérifie mon run time, tout va
bien, je suis dans les temps et si je le souhaite je peux
finir cette plongée en circuit ouvert avec mes deux
blocs de secours. Je regarde mes contrôleurs tout en
remontant lentement au premier palier à 78 mètres. Les
PpO2 affichées sont correctes, je décide de reprendre
le circuit fermé après cette pause dune à deux
minutes en circuit ouvert. Prudemment je quitte le deuxième
étage et expire dans lembout de mon Buddy tout en
le faisant tourner pour louvrir. Avant dinspirer
dedans, je refais un rinçage au diluant par précaution.
Jinspire
tout se passe bien, nouvelle
inspiration dans le circuit fermé, toujours bien. Les
cellules deux et trois répondent bien, tant vers le bas
quand je consomme loxygène que vers le haut quand
jinjecte loxygène par la valve manuelle. OK,
je continue avec le circuit fermé et attaque le palier
de 75 mètres. Lalarme poursuit sa stridulation
dans mes oreilles. Je ne peux larrêter sans couper
toute lélectronique du Buddy et donc me priver de
laffichage des PpO2. Je devrais alors finir en
circuit ouvert. Je poursuis malgré lalarme. Arrivé
au palier de 60 mètres, toujours manuellement je monte
ma PpO2 à 1,3. Plus dune heure et demi de déco en
manuel dans le bruit ! Que sest-il passé au
fond ? |
|
| Jai eu le
temps dy réfléchir pendant la lente ascension
vers la surface. Jélimine demblée lhypoxie
qui maurait conduit sans signes prémonitoires à
un coma calme. Jélimine également lhypercapnie
car ma chaux était neuve et surtout mon rythme
respiratoire nétait pas accéléré; linspection
du fond de la cartouche de chaux après la plongée ne révèlera
pas non plus la présence deau qui aurait pu laltérer.
Lhyperoxie nest pas exclue et pourrait être
mise sur le compte dun mauvais fonctionnement en
fait des trois cellules vieillissantes; elles nont
cependant que six mois. Est-il possible qu'une bulle
d'oxygène ait circulé du solénoïde avant le cell
warning, ou de l'injecteur manuel sans se mélanger au
volume de gaz déjà présent dans les faux poumons ? Si
cest le cas, cest imparable. Mais ces symptômes
évoquent également une narcose. Mon rinçage de lair
contenu dans les faux et les vrais poumons en surface
pour le remplacer par du trimix 8/62 na peut être
pas été complètement efficace et là encore il est
possible quune nappe résiduelle dair ait
circulé sans se mélanger au trimix dans le poumon
inspiratoire avant finalement datteindre mes alvéoles.
Cette hypothèse fait alors associer une narcose à une
hyperoxie non détectable par les cellules car se
produisant entre les cellules et mes poumons. La prévention
passe par un meilleur rinçage en surface, à répéter
une ou deux fois pendant la descente. Je my
astreindrai lors des plongées suivantes. |
|
| Mercredi est un
jour de dégazage en surface : pas de plongée. Jen
profite pour faire un aller et retour sur Monaco où un
ami instructeur Buddy Inspiration possède des cellules
neuves. Je change donc la cellule numéro un défectueuse
et vérifie son « millivoltage » : 8,3
millivolt. Je la conserve pour la tester de nouveau dans
les jours qui suivent. La nouvelle cellule ne produit que
8,4 millivolt en air ambiant. Cela me semble peu pour une
cellule neuve mais reste dans la fourchette autorisée
par le constructeur. Les cellules deux et trois dorigine
produisent toujours plus de 10 millivolt. |
|
| Jeudi. Nouvelle
plongée sur lavion avec ma cellule changée et mon
appareil vérifié de fond en comble. Je descends avec
Edoardo, instructeur italien de Buddy Inspiration, lui
aussi bien sûr avec sa tortue jaune sur le dos. Après
le sanglage de lembout autour de la tête, je mapplique
à un rinçage progressif pour éviter lhypoxie. Je
répéterai ce rinçage au diluant à 10 mètres et à
trente mètres. Cela doit réduire le risque de conserver
un taux élevé dazote dans mon circuit
respiratoire. Arrivé à cinquante mètres japerçois
lavion et les plongeurs en circuit ouvert qui sen
approchent plus vite que moi. Je lève la tête et à ma
grande stupéfaction japerçois également le
zodiac à la surface. Les conditions sont exceptionnelles :
aucun plancton, aucun courant, le bout tombe raide à côté
de lempennage. Arrivé au fond la lumière
surprend, lavion se distingue dun bout à lautre.
Les caméras et les flash sont déjà en action. Jentreprends
un vol stationnaire au dessus de la carlingue, là où
les ailes sont pliées, et lentement je pousse le bouton
du milieu de mon contrôleur principal et jattends.
Pas dalarme. Dans le silence total propre aux
recycleurs, mon affichage indique HIGH SET-POINT 1,0.
Seul le flux intermittent de l'oxygène provenant du solénoïde
trouble cette paix. Quel bonheur cette cellule neuve !
Jentreprends une nouvelle exploration de cette
carcasse. Les positions des plongeurs en équilibre au
dessus des ailes me rappellent nos regroupements sur les
ailes de Twin-Otter ou de Dakota avant les sauts de vol
relatif quatre mille mètres plus haut et vingt ans plus
tôt. La torpille na pas bougé depuis avant-hier.
Le contrôle régulier de mon affichage ne décèle
aucune anomalie. Les indications des trois cellules sont
cohérentes, avec cependant une valeur un peu supérieure
pour la nouvelle, mais pas assez pour déclencher un CELL
WARNING. Cela dit je commence à être habitué
mais là, quelle cellule croire ? La question
heureusement ne va pas se poser et sans aucune autre
sensation que celle dune merveilleuse plongée dans
un autre univers, je retourne tranquillement au bout qui
doit me conduire en une heure et demi à la surface. Bip
bip
bip bip
bip bip
bip bip
A
peine accroché au bout, mon alarme retentit. Mon
affichage indique LOW BATTERY sur mon contrôleur
principal. Ouf, ce nest vraiment rien. Je léteins,
vérifie que le contrôleur secondaire se proclame
principal et assure dorénavant le contrôle du solénoïde
puis rallume lex-principal. Il devient alors
secondaire et ainsi consomme moins dénergie. Je
dois changer une pile avant la prochaine plongée. La
remontée se déroule sans incident mais les valeurs de
PpO2 indiquées par la cellule numéro un restent plus élevées
que celles des deux autres. Je dois également penser à
les changer rapidement. |
|
| Loccasion men
sera donné le soir même car un ami qui fabrique son
propre circuit fermé va passer prendre un pot et me
laisser deux cellules neuves. Ces deux cellules
produisent 10,4 milllivolt. Je change également une des
deux piles et prépare lappareil pour la plongée
de vendredi. Cette soirée étant la dernière pour
quatre dentre nous, nous nous retrouvons pour le dîner
chez Aldo. Inutile de préciser que le rinçage des
gosiers va largement dépasser les limites du nécessaire
sans toutefois franchir celles du déraisonnable.
Néanmoins le vendredi matin, il me paraît plus prudent
de plonger de nouveau sur le Togo plutôt que sur lavion.
A contre cur pour certains, mais la fatigue a déjà
été la cause de bends chez deux de nos compagnons au
cours de la plongée de mardi. Rapidement une séance de
caisson a fait disparaître les douleurs. Ils
replongeront dans quelques mois. Cette fois ci la plongée
de vingt minutes sur le Togo se déroulera sans le
moindre incident. Le rêve ne sera pas interrompu prématurément
par la sonnerie brutale du réveil. Un dernier repas avec
léquipe restante qui doit plonger sur lavion
samedi, et de nouveau les 950 kilomètres dans lautre
sens. |
|
| Ce résumé
succinct des quatre plongées ne doit pas occulter laspect
humain tout aussi enrichissant de cette équipe franco-italienne
de passionnés. Là encore le travail et la préparation
dAldo ont permis une orchestration parfaite de
cette semaine qui a vu onze plongeurs réaliser trente
cinq plongées à 98 mètres dont quatre en circuit fermé. |
|
| Cette expérience
impose quelques remarques : - la simple mesure du millivoltage d'une cellule et le contrôle de sa tenue du 1,0 bar en surface ne suffisent pas à en garantir le bon fonctionnement pendant une plongée; - quand une cellule commence à montrer des signes de faiblesse il faut changer les trois (surtout que cela est marqué dans tous les bons manuels de circuit fermé); -la sécurité, et donc sa vie, passent par le bon entretien du matériel et la répétition des exercices; - un système altenatif de respiration est indispensable. |
|
| ADDENDUM : Deux mois après ces plongées, Martin Parker a adressé aux utilisateurs de Buddy Inspiration, une note expliquant la fréquence des CELL WARNING au cours des plongées avec variation rapide de pression (descente rapide). Il suggère des modifications simples sur les capuchons des cellules. Je suis retourné plonger sur cette épave d'avion en avril, après avoir effectué les modifications suggérées par Martin Parker. Je n'ai rencontré aucun problème et les valeurs de PpO2 affichées sur les controlleurs sont toujours restées extrèmement proches les unes des autres. | |
| Stéphane Havard. Janvier 2002. | |
D'autres informations et d'autres photos sur www.xpeditionteam.com et www.aquanaute.com .
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