VILLASIMIUS - 2003 |
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| Copyright sur texte, logo et
photos : Bubnotbub® et Xpedition
team®. Reproduction interdite sans autorisation écrite d' Aldo Ferrucci et de Stéphane Havard. Le récit détaillé de l'expédition avec d'autres photos et l'historique des épaves, sur le site d'Aldo Ferrucci : BUBNOTBUB.com |
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| Nous avons de nouveau installé notre camp de base dans l'auberge Fiore di Maggio à Villasimius, dans le sud est de la Sardaigne. Le centre de plongée Prodive de Stefano et Susanna nous y avait accueillis en septembre 2002 pour l'expédition BENGASI. Cette fois-ci nous devons explorer le SAN MARCO qui repose sur 105 m de fond, deux mille plus au large. Aldo a réuni pour cette expédition une quinzaine de plongeurs et nous serons cinq en Buddy Inspiration pour ces plongées profondes : Aldo, Penny, Tom, Roberto qui viendra quelques jours et moi-même. L'an dernier j'étais seul en circuit fermé : le virus se propage ! Mauro, Stefano, Cédric, Patrick, Joseph, Eric, Marco, Christophe et Cric le grizzly suisse, feront les bulles au fond. Marco et Christophe profiteront de quelques après-midi pour parfaire sous l'oeil d'Aldo leurs compétences en circuit fermé dans trente mètres d'eau. Les autres, grâce à Penny, bénéficieront d'un baptême dans la piscine du centre. Andrea et Simone assureront notre sécurité en surface, aidés par Jules, le seul moniteur intergalactique en poste sur notre planète. Jules s'est glissé entre deux malles dans le fourgon de Cric pour surveiller ses ouailles cavalairoises perdues par cent mètres de fond dans des contrées lointaines ... | |
| Avec Eric et Christophe nous sommes arrivés à l'auberge le samedi 11 alors que des plongeurs arrivés la veille rentraient enthousiastes de leur première descente sur le SAN MARCO. Installation dans les murs, déballage des malles, montage du recycleur qui voyage en pièces détachées, gonflage et nous voilà prêts à affronter le dîner préparé par Gabriele : ce fût une semaine aquatico-gastronomique ! L'organisation générale fût plus simple que l'an dernier puisque le nombre croissant de recycleurs permet de raccourcir le temps général de gonflage et que nous avions cette année à notre disposition deux gros zodiacs qui emmenaient tous les plongeurs en un seul départ matinal. En revanche la météo et les courants furent moins cléments ... | |
| Premier départ le dimanche matin à 7 heures pour une plongée d'acclimatation de vingt minutes à 105 mètres caméra au poing. Tonique ! Nous sommes quatre en Inspiration sur un zodiac et les circuits ouverts nous suivent dans le grand pneumatique de Stefano. Sans problème le GPS nous positionne à proximité de la bouée de mouillage immergée entre 5 et 10 mètres. Jules la repère vite et nous y accrochons les deux bateaux. La ligne de descente mise en place au printemps par Stefano est fixée sur l'arrière de l'épave. Peu de courant, descente cool en un peu plus de trois minutes. Quel confort ces blocs 10 litres Worthington 300 bars en carbone prêtés par Tom. Vivement que les miens soient livrés. Je dispose déjà de deux fabuleux 7 litres mais pour une plongée de durée élastique à cent mètres je préfère compter sur la sécurité que procure les 10 litres gonflés à bloc, surtout que la gêne occasionnée par leur présence est nulle. Je garde les 7 litres pour plonger sur les "entités" secrètes de Sylvain et Hervé à Lomener. L'épave est couchée sur bâbord et nous l'atteignons donc sur le franc bord tribord, juste au-dessus de l'origine de la quille qui protège l'hélice. Excellente visibilité, supérieure à vingt mètres, qui permet d'apercevoir l'épave jusqu'en son milieu. J'effectue de principe un rinçage au diluant 8/62 une fois au fond et élève le set point à 1,1 bar. Plein phare avec les 2 x 35 watts HID Fa et Mi, je descends vers l'hélice le long de la coque parsemée de filets. Les manettes du caisson Subspace reviennent souvent mal en position neutre au-delà de 90 mètres. Il faut donc les "raccompagner" manuellement. C'est juste un coup à prendre pour utiliser ce fantastique caisson à ces profondeurs. Je contourne l'hélice quatre pales, le safran, puis la poupe arrondie et je passe sur le pont. Le canon arrière pointé vers le sable retient un nuage d'anthias. Devant le canon, les cales éventrées ont laissé tomber sur le sable des caisses au contenu mystérieux. Un peu plus loin, une hélice de rechange est restée ficelée sur le pont, verticale, face à moi, entre deux cales ouvertes. Je m'arrête au pied du grand mât, légèrement incliné vers la surface, magnifique en contre-jour dans le bleu des eaux de la Sardaigne. J'espère explorer plus en avant mais déjà dix-huit minutes de plongée et le VR3 qui indique presque deux heures de déco. L'avant de l'épave sera donc pour une autre plongée. Je remonte sur le franc-bord et le suit lentement jusqu'au bout que j'atteinds vers vingt-et-une minutes. Déco avec le VR3, remontée plus rapide du fond qu'avec V-Planner B, et un tout petit peu plus longue pour les derniers paliers avec les paramètres que j'utilise dans le VR3. Rinçage à l'air ou au 32 % entre 45 et 40 mètres et je sors en pleine forme, à cent trente minutes de run-time. Douze minutes de film exploitables dans la caméra, c'est un bon rendement. | |
| Lundi matin, même heure, les mêmes au départ ... Le vent s'est un peu levé, ainsi que le courant sur la bouée de balisage qui s'enfonce à plus de dix mètres. La visibilité sur l'épave s'est réduite. Fort de mes premières images, je parcours de nouveau le chemin de la veille avec des cadrages différents et m'attarde un peu plus au pied du grand mât. Cent quatre mètres sur le sable. J'aperçois Tom qui émerge des profondeurs de la ferraille d'où il remonte des assiettes. Il remet en place ses blocs de bail out qu'il avait accrochés sur l'épave avant sa pénétration. Aldo est resté un peu sur l'arrière, il multiplie les clichés sur le canon camouflé par les anthias et sur l'hélice de rechange posée sur le pont. Penny sort entre deux barrots après avoir parcouru les cales. Des chapelets de bulles s'élèvent par endroits de l'épave, trahissant la présence des palanquées en circuit ouvert. Début de remontée à vingt-trois minutes. Paliers de deux minutes à 75 mètres puis à 59 et 52 mètres. A partir de 45 mètres déco buhlmanienne par paliers de une minute jusqu'à une vingtaine de mètres, avec un grand saut lors du rinçage au 32 % vers 40 mètres. Arrivé près de la surface, le besoin de la longe de palier se fait sentir avec le courant qui s'est encore plus levé. Repos ensoleillé pendant l'après-midi mais le vent qui se lève et les nuages d'altitude qui défilent ne sont pas de bon augure pour les jours qui viennent. | |
| Mardi matin, nous nous séparons en deux équipes. Une première dont je fais partie repart sur le San Marco, et une seconde avec Aldo et Roberto se dirige vers le Bengasi pour compléter par un film les images que nous avons ramenées de cette épave l'an dernier, et pour la faire découvrir à ceux qui n'étaient pas présents. Nous laissons donc en cours de route le zodiac de Stefano à la recherche de la bouée du Bengasi et nous poursuivons vers le large. La mer s'est levée et le vent souffle par rafales avec une intensité croissante. Nous trouvons avec difficultés la bouée du San Marco : celle-ci est immergée à près de vingt-cinq mètres de profondeur en raison du violent courant de surface. Nous voulons tenter quand-même la plongée mais il s'avérera impossible à Andréa de fixer un bout entre la bouée et le zodiac de Simone. Nous nous rabattons sur le Bengasi où le courant est également violent et nous ne pouvons nous accrocher au zodiac de Stefano pour ne pas trop tirer sur le mouillage. Nous sommes donc largués loin en amont pour attraper la ligne de mouillage au vol pendant notre descente. Nous croisons les palanquées de l'autre bateau qui sont déjà en décompression. Aldo et Roberto ont fait plus de trente minutes à 90 mètres avec leur Inspiration. Compte tenu des conditions de surface je descends sans la caméra et me fait une plongée pour moi ! Bien explorée l'an dernier, le Bengasi est magnifique. Posée à plat sur le fond et parfaitement conservée c'est l'épave de tous les rêves. Je parcours les endroits superbes bien mémorisés : la cale arrière avec les amoncellements de vase, de bouteilles, de coupes, la coursive arrière bâbord, l'hélice, le large filet appendu sur l'arrière bâbord, le canon, la coursive arrière tribord, le château arrière. Je quitte l'épave finalement à vingt-sept minutes. Quelle souplesse le circuit fermé à ces profondeurs, et encore plus quand le VR3 calcule en temps réel la déco ! Je reviendrai avec la caméra ! Roberto qui était descendu avec un caisson Subspace pour VX1000 et l'éclairage qui va avec, nous a rapporté des images qui nous feront rêver lors de la projection après le dîner. Mais en attendant, les bourrasques de l'après-midi et le bruit de la mer qui gronde sur la berge, impriment sur tous les visages des marques d'inquiétude pour les plongées à venir. En soirée nous nous réconfortons avec la fondue préparée par Cric et le petit vin blanc qui va bien avec. | |
| Mercredi. Le vent a soufflé toute la nuit avec des rafales à plus de quarante noeuds. L'accalmie matinale ne viendra pas. Force est de constater que nous ne pourrons pas nous mettre à l'eau de ce coté exposé du Capo Carbonara. Aldo et Stefano parcourt la côte en voiture et décident de nous emmener sur une épave un peu plus abritée, une quinzaine de miles plus au nord. Une grosse partie du matériel est chargée sur les zodiacs avec Stefano, Aldo, Mauro et Simone, qui vont affronter les conditions locales pendant vingt minutes avant de se mettre à l'abri dans la baie protégée. Nous faisons vingt minutes de trajet en voiture avec le matériel fragile et nous arrivons sur une petite plage, superbe, abritée des intempéries ambiantes. Une heure après leur départ les deux zodiacs nous rejoignent. Nous y chargeons les recycleurs, les caméras et appareils photos et nous nous équipons avant d'embarquer à leur bord. En route vers le MARTE ! Comme les autres épaves celle-ci est balisée par une bouée immergée. Celle-ci s'est beaucoup déplacée avec le courant qui se fait sentir ici également et après plus de trente minutes de recherche infructueuse Stefano jette son mouillage sur l'épave. Simone tourne en surface avec son zodiac après nous avoir largués largement en amont. L'épave, coupée en deux, repose sur soixante mètres de fond. Avec du diluant 8/62 je fais une plongée à 14 mètres ! Quel confort ! Quarante-sept minutes au fond, déco en instantané avec le VR3, je goûte aux délices raffinés de l'immersion dans le monde du silence et de l'apesanteur. La moitié avant de l'épave gît sur son flanc bâbord. Parallèle, à une trentaine de mètres, la moitié arrière repose à plat. La poupe et la proue sont presque côte à côte. Cette épave est bien connue des plongeurs sardes qui l'ont explorée dans tous ses recoins. Des objets hétéroclites remontés à la surface ornent les centres de plongée et les maisons de nombreux particuliers. | |
| Jeudi. La météo s'est un peu calmée mais nous n'essayerons pas aujourd'hui le San Marco, trop au large. Les deux zodiacs prennent donc la direction du Bengasi. Cette fois-ci je descends avec le caisson vidéo. Quelle beauté ! Je reste sur la partie arrière et mets dans la boîte tous les endroits déjà parcourus à plusieurs reprises : la cale arrière et ses amoncellements de vases, de carafes et de coupelles. Je m'attarde sur l'hélice, recouverte de gorgones multicolores, puis sur les longs filets qui descendent sur bâbord. Je remonte le long de la poupe callipyge, cadre bien le petit canon arrière, puis emprunte la coursive tribord du château arrière. Revenu sur le toit du château, je filme Aldo et Roberto qui ont installé sur l'épave un petit studio de cinéma par près de cent mètres de fond ... Le caisson de la VX 1000 manipulé par Roberto est impressionnant, sans parler de l'éclairage. Quelle maîtrise dans l'eau ! Les séquences filmées par Roberto passeront sur les écrans de la télévision italienne quelques jours plus tard. Trente minutes au fond, je commence la remontée, prêt à revenir aussi souvent que possible sur cette incroyable épave. Déco mouvementée dans le courant, malgré la longe de palier. Heureusement Jules viendra récupérer le caisson une fois remonté à vingt mètres. | |
| Vendredi. Essayons le San Marco. Cela devrait être sportif avec ce courant mais on est là pour cette épave quand même ! Jules parvient à fixer un pneumatique à la ligne de mouillage dont la bouée est tout-de-même encore immergée à une vingtaine de mètres ... Ca pulse. Je prends la caméra. La descente contre ce p... de courant est plus que physique. Trois plongeurs en circuit ouvert sont déjà remontés après avoir épuisé leur bloc de travel et une partie de leur bloc fond avant d'avoir atteint l'épave. Faut dire que plus de huit minutes pour descendre à 50 mètres ça interpelle l'instinct de survie. Il m'en faudra sept pour atteindre l'épave avec difficultés. Pendant toute la descente j'ai lutté non seulement contre le courant mais contre une flottabilité positive inhabituelle que j'attribue à l'effet du courant. Arrivé au fond j'appuie sur mon injecteur manuel de diluant histoire de faire un petit rinçage et de commencer la plongée avec un mélange bien débarrassé du CO2 accumulé pendant la descente. Et là rien. Mais alors rien du tout, pas le moindre souffle de diluant ne remplit mes faux poumons. Bon, je suis en apnée expiratoire puisque j'ai déjà vidé les faux poumons par le nez et le CO2 qui circule dans mon sang m'incite vivement à inspirer. Les secondes sont longues. Je vérifie mon mano de diluant : 10 bars !!! Autant dire qu'à près de cent mètres cela fait zéro bar disponible. Ce nest pas beaucoup. Je tourne le levier de mon embout pour fermer le circuit fermé et réussit à en extraire quelques centimètres cubes de diluant pour remplir une ou deux alvéoles en manque. Quelle sécurité cet embout avec circuit ouvert intégré. Immédiatement je le quitte et récupère le détendeur de bail out fond à ma gauche. Une bonne giclée de 12/55 dans des poumons bien remplis et dix secondes plus tard le stress s'estompe. Deux questions stupides m'effleurent. Est-ce que je remplis mes faux poumons avec le gaz de bail out en faisant quatre ou cinq échanges d'embout entre le circuit ouvert et le circuit fermé (je conseille vivement cet exercice dans quelques dizaines de mètres d'eau ... ) ou est-ce que je finis la plongée au fond en circuit ouvert sur le bail out pour récupérer le circuit fermé lors de la remontée à 40 mètres avec le second diluant 32 %. C..nement j'opte pour la première option, mais je ne suis pas sûr non plus que la seconde était bonne ... Me voilà donc encore plus c..nement en train de remplir mes faux poumons avec mon bail out fond en passant d'un embout à l'autre. Heureusement ça marche. Je reprends la plongée, j'allume les projecteurs et commence à filmer. Rapidement je sens un essoufflement se pointer avec ce p... de courant qui persiste au fond et toutes ces manoeuvres idiotes effectuées à cette profondeur. Plus de diluant pour rincer ! Je repasse en circuit ouvert et décide qu'il est peut-être temps de remonter plutôt que de s'adonner à des manoeuvres de survie. J'éteinds les phares, replis leurs bras et retrouve le bout qui me ramènera vers la surface. Evitons la déco en pleine eau, je ne suis pas sûr d'être récupéré un jour entre la Sardaigne et la Tunisie. Marco qui s'est aperçu de mon comportement subaquatique pour le moins inhabituel me suit pour me porter assistance en cas de besoin. Remonté à 70 mètres, le volume de mes faux poumons me semble suffisant pour respirer. Je quitte l'embout du circuit ouvert et prudemment expire dans le circuit fermé et recommence à respirer avec. Le volume est un peu juste. J'augment un peu manuellement la PpO2 et cet apport de gaz me procure également du confort respiratoire. Je finis la plongée en circuit fermé avec un rinçage au 32 % à 40 mètres. Je n'ai pas compris tout de suite pourquoi mon bloc de diluant s'était vidé pendant la descente. J'ai envisagé plusieurs solutions mettant en cause une fuite dans le circuit, une mauvaise position du levier de sélection circuit ouvert - circuit fermé sur mon embout ... En fait la seule explication plausible incrimine la valve automatique d'admission de diluant (modèle de Bob Howell) dont la membrane sur l'épaule gauche fait face au courant, et dont l'activation sous l'effet du courant pendant la descente explique la flottabilité positive inhabituelle que je ressentais. Je comprends pourquoi la valve maintenant vendue par AP Valves fait face au cou du plongeur. Après discussion avec Penny Glover, celle-ci m'explique que dans ces conditions de courant, elle a l'habitude de descendre uniquement en manuel avec la valve automatique fermée, et d'effectuer la descente sur le dos, dos au courant. A essayer même si cela me semble difficile à mettre en pratique avec une caméra. Pour moi ce sera la sixième et dernière plongée puisque le lendemain c'est déjà le retour en avion. | |
| Samedi matin, emmenés par Aldo, les plongeurs quittent le port à sept heures pour le San Marco. Les conditions extrèmes de la veille ont disparu. Plus aucun courant, une visi nettoyée au fond ... Une plongée de rêve qui permet de rapporter des pellicules pleines de clichés. Plusieurs plongeurs iront jusqu'à l'étrave de l'épave. A leur retour nous partageons les derniers échanges puisqu'ils partent vite attraper un ferry dans le nord de l'île et que nous prenons la route de l'aéroport de Cagliari. Pour certains d'entre eux c'est la huitième plongée profonde consécutive. Plus de 80 plongées ont été réalisées entre 90 et 105 mètres et nous n'avons eu aucun accident ni même incident à déplorer. Encore bravo et merci à toute l'organisation sur place et ... à quand la prochaine fois ? | |
| Stéphane Havard - Octobre 2003 | |
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