DEEP WRECKS xPEDITION 2003

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Copyright sur texte, logo et photos : Bubnotbub® et Xpedition team®.
Reproduction interdite sans autorisation écrite d' Aldo Ferrucci et de Stéphane Havard.

Le récit détaillé de l'expédition avec d'autres photos et l'historique des épaves, sur le site d'Aldo Ferrucci : BUBNOTBUB.com

Des détails historiques sur ces quatre épaves sont diponibles également dans l'excellent ouvrage de Jean-Pierre Joncheray : "Epaves déraisonnables". Il me semble que les progrès du matériel et des procédures en font maintenant des épaves très lointaines, accessibles à des plongeurs entraînés, sans pour autant être toujours déraisonnables.

 
     

PHOTOS

         
TEAM

HEINKELL

ETOILE SALLY GUYANE
 

Ces photos sont "capturées" à partir d'une bande vidéo digitale.
Excusez leur qualité moyenne.

     

Photos du HEINKELL par ROBERTO RINALDI : qualité professionnelle !

         
     
     
Cette aventure de l’Xpedition Team organisée par Aldo Ferrucci s’est tenue à Bormes-les-Mimosas du 4 au 13 avril 2003. Jeroen, plongeur de l’équipe, a transformé son camping Manjastre en base logistique de plongée technique. Le port de Carqueiranne a cependant servi de lieu d’embarquement compte-tenu de sa proximité avec les épaves à explorer : l’avion HEINKELL 111, le Torpilleur 207 aussi appelé ETOILE, le remorqueur SALLY et cerise sur ce gâteau déjà bien garni, le cargo armé GUYANE – NIEDERSACHSEN ! Des plongées sur le DORNIER 24 sont également prévues en fin de semaine. Vingt-cinq plongeurs venus de France, d’Italie, de Belgique, du Luxembourg, d’Angleterre et de Suisse vont se succéder pendant ces 10 jours. Cette fois-ci je ne serai plus le seul en circuit fermé puisque cinq autres plongeurs ont également choisi l’option « sans bulles » : Mark Brill, Aldo Ferrucci, Penny Glover, Roberto Rinaldi et Louise Trewavas. Mark et Louise plongent avec leur Inspiration depuis près de quatre ans. Ils écrivent régulièrement pour Diver Magazine et Louise publie la revue Dive Girl. Penny est une autre britannique, installée au Luxembourg, avec également une grande expérience du circuit fermé. Je ne présente plus Aldo et Roberto.

Je fais la route avec Francis, compagnon de l’expédition sur le Dornier 24 en janvier 2002. Un peu retardés autour de Paris ce matin de grève générale des transports, nous roulons ensuite sans encombres jusqu’à Cavalaire où nous ratons de peu le départ de Momo pour l’ESPINGOLE. Rien de grave, cette plongée n’était pas au programme et en attendant le retour d’Aldo qui donne un cours sur l’Eperlan, je fais mes gonflages pour les jours à venir. Mes 10 litres de bail-out trimix 10/50 et nitrox 32 sont pleins depuis l’expédition en Sardaigne de septembre 2002 et j’espère encore ne pas en avoir besoin cette fois-ci. Une bonne lyre et les tampons de Momo me permettent de gonfler deux blocs de trois litres d’oxygène, deux blocs de trois litres de trimix 8/62 et un bloc de deux litres d’air, sans faire tourner le compresseur. Ce petit bloc d’air que je gonflerai régulièrement me sert à un troisième circuit qui aboutit à l’inflateur de la stab, à l’inflateur du vêtement sec et à l’inflateur manuel du faux-poumon d’inspiration pour le rinçage à l’air que je continue de pratiquer à 21 mètres lors de la décompression.

Vendredi 4 avril. Premier jour de plongée. Nous ne sommes pas encore nombreux et Aldo est retenu par un dernier cours à Cavalaire. Pas de répit ! Le Nautica de Christian vient d’arriver de Bormes et s’installe pour quelques jours dans le port de Carqueiranne, en bout de quai. Sa vaste plate-forme et son tableau arrière qui se rabat sur l’eau en font un bateau idéal pour la plongée technique. A trois, c’est le grand luxe ! Les équipements de Jeroen et Francis ainsi que mon Inspiration et mes deux blocs de bail-out se trouvent à l’aise dans cet espace qui peut accueillir 12 plongeurs techniques. Un petit force 3, tant en vent qu’en mer, donne un air océanique à cette sortie : nous partons pour le HEINKELL 111. Vingt minutes plus tard, juste sous le point GPS, le sondeur indique une anomalie franche du relief sous-marin. Cela ne peut correspondre au petit HEINKELL111 ; il s’agit donc de L’ETOILE, torpilleur volontairement coulé en 1933 et dont l’épave se situe à une trentaine de mètres de celle du HEINKELL, coulé en 1944, par fait de guerre. Nous tournons un peu et rapidement l’écho de l’avion nous révèle sa présence. Nous mouillons la gueuse entre les deux, en prenant les deux relèvements, opposés, de chacune des épaves. Il était temps car la longue houle du large de la rade de Toulon et les vapeurs de fuel se sont associées pour titiller mes vestibules qui n’ont pas pris la mer depuis près de deux mois. Donc vite équipés, nous plongeons littéralement vers le fond et arrivés à soixante mètres, nous distinguons presque en dessous de nous, légèrement sur notre gauche, la carlingue et les grandes ailes du HEINKELL. Droit devant, cette masse sombre et floue ne peut être que celle de l’ETOILE. La visibilité est excellente, au moins vingt mètres. Nous finissons la descente vers le HEINKELL. Son aile droite est pointée vers la surface et indique la direction de l’ETOILE ; le bout de son aile gauche est planté dans le sable. Un fragment d’empennage s’est détaché et gît sur le sable une dizaine de mètres sur l’arrière, vraisemblablement victime d’un arrachage par une ancre ou un pendeur agressif qui cherchait l’épave. Trois plongeurs à 80 mètres ne troublent guère l’ambiance de musée qui règne au fond. La « couchette » du mitrailleur à l’avant de l’avion, dans la grande verrière, est parfaitement visible, de même que le canon de la mitrailleuse. Nous y délogeons une grande mostelle. Des langoustes ont colonisé le moteur bâbord. Point d'hélices. Pendant une dizaine de minutes nous virevoltons autour de cette carlingue que je filme sous toutes les coutures. Puis Jeroen largue une petite bouée reliée à un bobinot qu’il fixe sur l’avion et nous palmons vers l’ETOILE. C’est un long cigare, quasiment nu, de trente mètres de long. Nous le parcourons d’un aller retour sur chaque bord. Nous pouvons encore reconnaître facilement le brise-lames sur le pont avant, la petite timonerie, les échangeurs thermiques des machines, et sur l’arrière cette grande roue étoilée qui portait les torpilles et qui aurait donné son nom à ce torpilleur. Compte-tenu des conditions excellentes je resterai bien cinq minutes de plus mais mes deux compagnons en circuit ouvert ont atteint leur « réserve ». Un dernier coup de palme vers la gueuse et après vingt minutes de visite sous-marine nous retrouvons le bout qui nous reconduit en droite ligne vers la surface. Soixante mètres, j’élève le set-point à 1,3, et à 21 mètres, je rince à l’air. Le narghilé d’oxygène attend mes compagnons à six mètres. Nous subissons un peu les effets de la houle et du courant de surface, même à six mètres. Rapide retour avec la houle dans le dos sur Carqueiranne. Cette plongée inaugurale de l’expédition de Bormes 2003 nous laisse rêveur ; on n’ose émettre à haute voix le souhait que les suivantes soient toutes aussi incroyables, de peur de porter malchance. Nous finissons la journée par une bonne recharge calorique dînatoire sur les hauteurs du vieux Bormes.

Samedi 5 avril.. Un groupe de plongeurs italiens nous a rejoint dans la matinée ; nous sommes une dizaine à bord. La gueuse est lancée sur l’ETOILE. Les plongeurs devront descendre sur l’avion le long du bobinot placé hier par Jeroen sur le HEINKELL, puis palmer vers l’ETOILE et remonter le long de la gueuse. Je descends avec Francis, Joseph et Aldo équipé également de son Inspiration. Notre palanquée part vingt minutes après celle des italiens. De nouveau la houle et les relents de fuel qui rendent cette attente particulièrement désagréable. Une fois dans l’eau, tout va bien. L’avion n’a pas bougé, toujours là, au pied de la fine tresse du bobinot. Les conditions au fond sont nettement moins bonnes que la veille. A peine dix mètres de visibilité; la houle d’ouest commence à faire son effet. Le caisson Subspace miniDV fonctionne à merveille, de même que les deux phares HID de Fa-et-Mi. Gros plan sur les langoustes, puis sur l’empennage et sur mes compagnons. Arrivés à l’extrémité de l’aile droite, nous trouvons le fil d’un moulinet tiré par Jeroen vers l’ETOILE. Nous le suivons et arrivons directement sur l’arrière du torpilleur. En chemin j’ai remarqué sur le fond un profond sillon récent sur le sable, qui peut correspondre à la trace de la gueuse qui dérive avec la houle et le courant. Elle devrait pourtant être sur l’ETOILE. J’espère que nous pourrons la retrouver au retour. Un nouvel aller retour de part et d’autre du torpilleur, toujours caméra au poing, sans apercevoir le bout de la gueuse. A dix sept minutes nous écourtons donc la plongée pour essayer de trouver le bout et éviter d’avoir à faire la déco dans le courant, en compliquant la tâche du bateau de surveillance. Nous parcourons dans l’autre sens le fil du moulinet jusqu’à apercevoir sur le fond cette trace décelée à l’aller. Nous la suivons dans le sens du courant pendant une bonne minute pour la voir brutalement s’interrompre ! M…! En relevant un peu la tête nous apercevons une masse brillante qui se dandine sur le fond. C’est notre gueuse de quinze kilos qui est tractée par bonds sous l’effet de la houle et du courant. Nous commençons la déco, soulagés, mais également inquiets de savoir si la première palanquée a pu également retrouver le bout. Arrivés à six mètres nous nous reposons sur la barre de déco mise en place sous la bouée et constatons que la première palanquée à du faire sa déco en pleine eau, sur des blocs de 20 litres d’oxygène, immergés par le Nautica. Tout est bien qui finit bien, mais il faudra alourdir cette gueuse de quelques mètres de chaîne et d’une ancre.

Dimanche 6 avril. Le vent s’est levé à l’est. Il fait froid. Ce changement de direction rapide du vent aplatit la houle et crée une mer courte, irrégulière. Nous partons pour le SALLY, petit remorqueur naufragé il y a une dizaine d’années, et visible par 85 mètres de fond. Nous ne le verrons cependant pas aujourd’hui. Malgré la précision du GPS et la localisation de l’épave au sondeur, les aléas de la mer en ont décidé autrement. En effet, un très violent courant de fond a fait déraper la gueuse de quelques dizaines de mètres et malgré un palmage énergique nous ne pourrons remonter ce courant pour atteindre le remorqueur. Nous arrêtons nos efforts après dix minutes. Ce même courant empêchera les plongeurs de l’après-midi d’atteindre le HEINKELL et l’ETOILE. Je passe le reste de la journée à rincer le recycleur et à retirer l’embout avec deuxième étage intégré car le sélecteur ne tourne plus facilement, ce qui m’empêche de fermer l’embout en cas d’urgence. Je remets donc en place l’ancien embout AP Valves sans détendeur intégré et renvoie l’autre à Filip Krolak pour qu’il me change les joints.

Lundi 7 avril. Toujours le vent frais de secteur est. Nous refaisons une tentative sur le SALLY. Ce sera la bonne. Le courant de fond n’a pas molli mais la gueuse, alourdie de chaîne et d’une ancre, est beaucoup plus prêt de l’épave que la veille et un bon palmage nous permet de l’atteindre. L’eau est claire et nous pouvons voir la grande haussière de remorquage qui s’élève du pont avant vers la surface et remonte jusqu’à soixante-cinq mètres. La petite taille du remorqueur nous permet d’en faire deux fois le tour au cours de nos vingt minutes d’exploration. Des langoustes accrochées sur les pales de l’hélice nous observent, imperturbables même quand Roberto s’en approche à quelques centimètres pour leur tirer le portrait sur le mode macro : face à face sans bulle entre deux langoustes de taille très différente …

Mardi 8 avril. La mer s’est levée pendant la nuit. Il n’est donc pas certain que nous pourrons mouiller la gueuse sur le GUYANE. Nous prévoyons deux plongées alternatives selon l’état de la mer sur chacun des sites : un torpilleur sur 67 mètres et un avion sur 55 mètres, à l’abri du vent et de la mer d’est. Nous devions être une dizaine à bord pour cette plongée du matin, mais le « mauvais » temps et les incertitudes qui pèsent sur la plongée sur le GUYANE ont fait débarquer un groupe de cinq plongeurs. Nous ne serons donc que cinq à tenter le GUYANE: Mark et Louise comme moi-même en circuit fermé, et en circuit ouvert Francis et Gian-Luca. Vingt-cinq minutes plus tard nous sommes au-dessus du GUYANE. La mer est certes un peu remuante mais rien d’insurmontable. Le plus dur sera l’attente pour les équipes de surveillance à bord du Nautica et du zodiac de Jeroen. Peut-être serons-nous également un peu malmenés au palier de six mètres. Peu d’hésitation donc, je fais signe à Jeroen et Gérard de mouiller la gueuse sur l’épave à partir du zodiac. Je surveille la bouée et me mets à l’eau un peu avant les autres pour « sentir » la mer. Très peu de courant en surface, une visibilité qui s’annonce excellente, aucune raison d’annuler. Nous verrons bien au fond ! Nous descendons tous les cinq en même temps. Très rapidement la situation un peu limite de la surface s’estompe et cède la place à des conditions sous-marines exceptionnelles. Je dis bien exceptionnelles ! Le mouillage est tombé au pied du grand mat arrière du GUYANE. Plus de vingt mètres de visibilité, aucun courant. Un feu d’artifice de couleurs grâce aux innombrables gorgones qui recouvrent l’épave. Celle-ci est légèrement inclinée sur tribord, ce qui casse toutes les lignes droites et lui fait envahir notre champ visuel. Le cargo fait quatre-vingt quinze mètres de long et j’estime que nous sommes en gros à son tiers arrière. Nous partons vers l’avant le long du franc bord tribord pour parcourir les soixante-mètres qui nous séparent de l’étrave. Je m’aperçois que mon contrôleur principal s’est éteint. Curieux ! Finalement il se rallume mais passe au rang de contrôleur secondaire alors que l’autre a été promu principal. Bon, pourquoi pas, ils n’en font qu’à leur tête. Je ne vais pas les punir en les éteignant à cette profondeur, j’ai trop besoin d’eux. Nous sommes quand même à plus de cent mètres sous la surface et là on évite les caprices. Plus gênant ce sont les deux bras de mes lampes vidéo qui ont aussi décidé de se faire remarquer et se sont tout simplement un peu dévissés ; mes lampes se balancent mollement sous la platine. Restons calme ! Je filme tout de même mais le va-et-vient de l’éclairage ne croise que de brefs instants le champ de mon objectif. Me faire çà pendant une plongée pareille ! Tiens j’ai même maintenant un des deux phares qui s’est éteint. C’est une coalition ! Cela m’apprendra à vérifier le matériel et à recharger les batteries complètement avant chaque plongée ! Quoi encore ? Francis surgit devant mon objectif et je le vois dans le moniteur me faire le signe de la panne d’air ! Je beugle dans les tuyaux annelés du recycleur et me précipite sur mon bloc de bail-out fond pour lui proposer un détendeur. Mes beuglements ont du le stimuler et il a finalement réussi à ouvrir tout seul le robinet mal ouvert qui réduisait son débit de trimix. J’espère que les gags vont s’arrêter là. Nous sommes sur le pont avant, autour du canon et je descends le long de l’étrave, sur le fond. Il n’y a pas un espace de coque ou de superstructure qui ne soit couvert de gorgones gigantesques. Je n’ai jamais vu cela à cette profondeur. Nous remontons sur le pont par bâbord et nous attardons autour du mât avant. Cela fait déjà quinze minutes de run-time ; nous reprenons le chemin du pendeur en traînant au-dessus des cales. A dix-neuf minutes nous atteignons le mât arrière que je filme en contre-plongée et à vingt minutes nous commençons l’ascension. Finalement le palier à six mètres sera bien supporté, sans trop de secousses. Plus de deux heures après le début de l’immersion je sors la tête de l’eau. Dans l’intervalle la mer s’est calmée, comme l’avait prévu la météo marine de la capitainerie. Réjouis par cette incroyable plongée, nous débarquons à Carqueiranne, où déjà certains regrettent leur hésitation du matin. Les téléphones portables ont remplacé les sémaphores. L’équipe de l’après-midi souhaite profiter également de ces conditions incroyables sur le GUYANE, mais il y a trop de plongeurs en circuit ouvert et il n’est pas possible de modifier leurs mélanges. Ils s’installent donc à bord avec au programme le HEINKELL et l’ETOILE que les derniers arrivés n’ont pas encore explorés. Et là, stupéfaction, une épaisse fumée âcre commence à envahir le bateau. Un incendie à bord ! Jules, à peine arrivé de Cavalaire pour aider à la sécurité, fait jouer ses réflexes de marin professionnel et trouve sans hésiter le percuteur des rampes de CO2 qui rapidement éteignent le sinistre. Heureusement, car le tuyau de l’extincteur sur roues du port s’est avéré percé de nombreux trous qui ont aspergé tout le quai de sa poudre blanche. Sans commentaires. Bilan des dégâts : un circuit électrique complètement grillé et donc un bateau inutilisable pour quelques jours. La plongée de l’après-midi tombe à l’eau où plutôt part en fumée … (c’est mauvais je le concède). Aldo passe quelques coups de fil et rapidement un autre bateau est trouvé pour le lendemain, celui d'Aqualonde. Décidément la journée fût pleine d’imprévus dont nous nous remettons autour d’un grand barbecue au camping Manjastre.

Mercredi 9 avril. Ce sera pour Francis et moi la dernière plongée. Sixième jour consécutif de plongée profonde avec à chaque fois deux heures dans l’eau, une certaine fatigue se fait sentir et les manipulations de matériel lourd deviennent pénibles. Jérome est bien au rendez-vous avec son bateau. C’est une grande barge en alu, spacieuse et également bien adaptée à notre type de plongée. Nous sommes douze à descendre sur le Guyane, deux groupes de six. D’une part notre palanquée de la veille complétée par Jeroen, et d’autre part la palanquée qui avait eu des réticences. La mer est plutôt meilleure, en revanche le ciel est sombre et la lumière ne sera sûrement pas le même au fond. Une fois sur le site, le zodiac vérifie au sondeur et au GPS que la gueuse n’a pas bougé. Nous partons en second, trente minutes après la première palanquée qui découvre l’épave pour la première fois. Nous les laisserons s’aventurer vers l’avant et nous essayerons de trouver l’hélice et d’explorer la partie arrière. Arrivé sur le GUYANE, les présages se confirment, la visibilité s’est grandement réduite. Nous apercevons à peine le grand mât. Nous prenons à main droite sur le pont, coté tribord, entre les guindeaux énormes et les bras vides des chaloupes de sauvetage. J’avance avec prudence dans cette pénombre car je me méfie des filets qui ont été signalés par des plongeurs précédents. En fait nous n’en avons pas vu la veille et nous n’en découvrirons sur l’arrière qu’un petit nombre, pelotonnés autour d’espars et peu menaçant. Nous trouvons l’hélice à sa place, évidemment, de taille modeste et à moitié ensevelie dans le sable. Je filme avec cette fois-ci des bras de lampe bien vissés. Cent trois mètres sur le sable. Compte-tenu de la mauvaise visi et de la fatigue, je décide d’abréger un peu et de remonter à quinze minutes plutôt qu’à vingt, cela réduira le temps dans l’eau de près de trente minutes. Nous remontons sur bâbord, le long des coursives, jusqu’au pied du mât. Soixante-quinze minutes de déco nous attendent. Toujours la même procédure : vingt mètres au-dessus du fond j’élève le set-point de 1,1 à 1,3 et à 21 mètres, je rince à l’air. Une fois remontés à bord nous sommes accueillis par la première palanquée, enchantée de sa plongée et qui a rapporté des souvenirs après une visite dans les cuisines du navire. Assiettes, tasses, soucoupes, blanches et frappées sur l’envers du sigle KPM, de l’aigle allemand et de la croix gammée. Nous rentrons vite pour laisser le bateau au groupe de l’après-midi. Après les derniers rangements du matériel dans la voiture et les au-revoir, nous prenons la route sous une pluie battante.

Après notre départ, il y a eu le jeudi 10 un repos forcé pour toute l’équipe en raison du très mauvais temps. Puis le vendredi 11 et le samedi 12, des plongées dans d’excellentes conditions de mer et de visibilité sur le DORNIER 24. Et finalement le dimanche 13, le HEINKELL et l’ETOILE. Au total, douze sorties bateau et une centaine de plongées entre 80 et 100 mètres. Un grand succès. Deux incidents cependant qui ont conduit les plongeurs au caisson : un bend d’une épaule chez un plongeur qui a effectué de gros efforts au fond et un problème vestibulaire à la sortie de l’eau chez un autre. Les spécialistes du caisson ne savent pas avec certitude dans ce dernier cas s’il s’agit d’un réel accident de décompression vestibulaire à l’hélium ou d’une simple « fatigue » vestibulaire aggravée par les successives à l’hélium, comme nous en avions déjà rencontré lors des plongées sur le BENGASI en Sardaigne. Quant au GUYANE, il méritera sûrement de nouvelles explorations.

Stéphane Havard. Avril 2003.

 
     

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ETOILE SALLY GUYANE
 

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Photos du HEINKELL par ROBERTO RINALDI : qualité professionnelle !

         
     
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