SARDINIA 2002

Villasimius - Octobre 2002

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Copyright sur texte, logo et photos : Bubnotbub® et Xpedition team®.
Reproduction interdite sans autorisation écrite d' Aldo Ferrucci et de Stéphane Havard.

Le récit détaillé de l'expédition avec d'autres photos et l'historique des épaves, sur le site d'Aldo Ferrucci : BUBNOTBUB.com

 
     

TEAM 1

TEAM 2

TEAM 3

 

 

 
SUB 1 SUB 2 SUB 3
       
 
       Pour de cette mission l’ Xpedition Team avait pour objectifs d’explorer deux épaves du sud de la Sardaigne au cours de la semaine du 28 septembre au 5 octobre 2002. La première épave, le cargo MARTE a été coulé sur 65 mètres de profondeur en 1942. La seconde, un autre cargo de 85 mètres de long, le BENGASI, fut coulé en 1941 par le sous-marin anglais Truant sur 95 mètres de fond. Il persiste un doute sur sa réelle identité et nous tâcherons de rapporter des éléments qui aideront à l’identifier. Dix-huit plongeurs européens réunis par Aldo Ferrucci se sont retrouvés à Villasimius pour profiter des installations du Centre International de Plongée Technique PRODIVE situé au sein de l’hôtel FIORE DI MAGGIO. Villasimius est une petite bourgade portuaire du sud-est de la Sardaigne, colonisée pendant l’été par les hordes de la grande transhumance, mais qui retrouve son calme quasi-monastique dès le début du mois de septembre. Il ne règne alors que le soleil d’automne rafraîchi par le grecale qui souffle du nord-est, la pinède rocailleuse, la mer toujours belle et ses adeptes invétérés.

       Outre ces objectifs collectifs, je vais tester avec mon Buddy Inspiration le changement de diluant avec rinçage au nitrox ou à l’air à 21 mètres pour évacuer à cette profondeur le diluant trimix de fond. Certes cela s'oppose au principe que j'appliquais précédemment du mélange unique pendant toutes les phases de la plongée, mais cela me permettra une planification de décompression avec des run-time à peu près équivalents à ceux de mes camarades en circuit ouvert. De plus, du point de vue de la physiologie de la décompression, ce changement de diluant équivaut en circuit ouvert à l'abandon d'un trimix de transit pour un nitrox 50 à 21 mètres et cette procédure a fait la preuve de son efficacité et de son innocuité. Cette manœuvre m’est facilitée par l’acquisition récente d’une valve automatique d’admission de diluant (VAAD). Cette VAAD n’est rien d’autre qu’un petit deuxième étage dont la membrane se met en dépression lors de la mise à plat du faux-poumon d’inspiration, au cours d’une inspiration, et l’ouverture du clapet permet alors l’injection de diluant dans ce faux-poumon. L’énorme avantage est de libérer les deux mains du plongeur lors de la descente pour se tenir au bout ou pour manipuler une caméra ou un appareil photo. Cette valve est fabriquée par Bob Howell et s’intègre parfaitement dans le design et la fonctionnalité du Buddy, en remplacement d’une des pièces sur le faux-poumon d’inspiration. Les plongées d’entraînement réalisées à Lomener m’ont convaincu de sa parfaite sécurité et de sa réelle utilité qui en font un must et non pas un simple accessoire. J’ai constaté également qu’avec un peu de pratique, la main gauche peut accéder et appuyer sur la membrane de la VAAD et ainsi manuellement injecter du diluant dans le faux-poumon. Donc plus besoin de connecter le diluant de fond à l’injecteur manuel au pied du faux-poumon d’inspiration ; cet injecteur est ainsi libéré et un second diluant peut y être connecté avant la plongée, évitant d’avoir à réaliser des manœuvres de connexion – déconnexion sous l’eau. C’est sur cet injecteur manuel que je vais connecter l’air ou le nitrox 32 de mon bloc de bail-out pour effectuer un rinçage manuel au palier de 21 mètres. Afin de faciliter ce rinçage j’ai rajouté sur cette VAAD une petite vanne de fermeture Apeks-Zeagle, pour pouvoir mettre à plat complètement le circuit de respiration et réaliser un rinçage de meilleure qualité. Je fermerai cette vanne juste avant la manœuvre de rinçage. Autre must que j’ai récemment rajouté et testé jusqu’à 35 mètres à Lomener, un embout de circuit fermé avec deuxième étage de secours intégré, fabriqué par Filip Krolak. Cette pièce permet en un quart de tour de passer en circuit ouvert sur le mélange fond en cas de soucis avec le circuit fermé, sans avoir à mettre la bouche dans l’eau. Je vais la tester à 100 mètres. Pour plus de détails sur ces deux  musts voir les pages « modifications ». J’espère ne pas rencontrer de mauvaises surprises.

       L’élan de notre départ matinal fut brisé par les deux heures de retard de notre avion au départ de Roissy le samedi matin. Com dab Eric et moi sommes partis ensemble et Christophe arrivé la veille de Nantes nous a rejoint à l’aéroport. Enregistrement rapide des quelques kilos résiduels de matériel dont le transport a été épargné à Aldo mais il conserve quand-même un souvenir ému du déchargement d’une palette Sernam avec 170 kilos de matériel répartis dans cinq malles obstruant la rue qui conduit à sa maison de Fréjus. Tout a fini par rentrer dans son Vito pour prendre le bateau à Gènes mais l’écho d’une bordée de hurlements injurieux calabrais a tout de même fait son chemin jusqu’à nos oreilles. Bon,bon, nous essayerons de nous alléger un peu la prochaine fois, mais en fait le plus lourd ce sont les malles … Si, si ! Escale technique de notre avion à Naples et vers 16 heures nous débarquons à Cagliari. Toutes nos valises finissent par apparaître sur le tapis roulant, Meridiana n’a rien égaré cette fois-ci ! Une bonne heure de route sinueuse le long de la côte sud de la Sardaigne que nous remontons vers l’est et un peu avant 18 heures nous arrivons à Villasimius. Plus de dix heures après avoir quitté nos pénates ! Un peu fatigué mais heureux de retrouver l’air marin et nos camarades de plongée qui ont posé les mouillages sur les épaves et qui sortent à peine de leurs vêtements secs, nous nous attachons au remontage des équipements qui ont fait le transport en pièces détachées. Il me faut une bonne heure pour assembler et vérifier le fonctionnement de mon circuit-fermé : aucun problème. J’avais déjà tout vérifié et graissé avant l’emballage mais un second contrôle sur site avant immersion est toujours indispensable. Dîner de frutto di mare suivi d’une séance de gonflage jusqu’à minuit et repos avant la plongée prévue à dix heures le lendemain matin pour l’équipe numéro trois dont je fais partie.

 

 
     Dimanche matin, le grecale a forci pendant la nuit et lève une mer hachée. La première équipe partie vers huit heures du matin sur le BENGASI a été récupérée avec difficultés. Le MARTE, trop éloigné, est inaccessible également dans ces conditions et la seconde équipe partie une heure plus tard a plongé sur le cargo LOREDANO à 65 mètres de profondeur, situé sur un site plus abrité. Espérant une accalmie qui ne viendra pas, nous attendons trois heures de l’après-midi en finissant la préparation du matériel, puis autour de la table. Notre équipe plongera donc également sur le LOREDANO. Je me refais rapidement une table de déco pour cette profondeur et troque mes deux dix litres de bail-out circuit ouvert prévu pour cent mètres, contre un seul bloc de sept litres rempli banalement d’air : le Buddy plus un bloc, c’est ma configuration moyenne profondeur (40–70 mètres). Ce bloc me servira bien sûr de secours en ouvert en cas de problèmes avec le circuit fermé mais également pour alimenter mon vêtement sec et pour effectuer un rinçage de mon circuit respiratoire à 21 mètres lors de la décompression. Je ne change pas de diluant et conserve un héliair 62 % (trimix 8/62). Le cargo italien coulé au cours de la seconde guerre mondiale en 1941 par le sous-marin anglais Safari, repose sur son flanc bâbord. Sa coque exposée et ses superstructures sont couvertes de gorgones jaunes et mauves de grande taille. Nous passons vingt minutes à parcourir l’épave pour prendre nos repères. Les larges coursives sont tentantes mais je préfère me fixer dans la tête une vue d'ensemble de l'épave avant une éventuelle pénétration ultérieure. Je prends note également de la présence de filets et de lignes de pêche abandonnées. Le deuxième étage intégré dans l'embout fonctionne parfaitement à cette profondeur, de même que la VAAD que je ferme à 21 mètres pour le rinçage à l'air. Tout se passe comme prévu, pour une fois, et nous sortons de l’eau soixante-deux minutes après le début de notre immersion. Retour féerique face au coucher du soleil qui souligne en contre-jour le relief déchiré des criques de la côte sarde.

       Lundi, sept heures du matin. Nous sommes cinq plongeurs au petit-déjeuner pour ce premier départ sur le BENGASI. La mer s’est un peu calmée et en vingt minutes nous sommes sur la bouée. Pour 95 mètres j’ai l’équipement lourd : le Buddy et deux blocs de dix litres de secours en ouvert, un héliair 50 à gauche et à droite du nitrox 32 également connecté à mon vêtement sec et à l’inflateur manuel de diluant au pied du faux-poumon inspiratoire. Je pars avec une PpO2 de 0,7 bar car je vais rajouter au cours de la descente un diluant très hypoxique (trimix 8/62). Au fond je monte la PpO2 à 1 bar. Les plongeurs en circuit ouvert emportent avec eux quatre mélanges : trimix 21/20 en travel, trimix 13/50 en mélange fond, nitrox 40 et nitrox 80 pour la déco. Ils doivent normalement retrouver la barre de décompression avec l'oxygène pur pour les paliers de 6 et 4,5 mètre, mais si ils s'égarent ... ils sont autonomes jusqu'à la surface. L’épave est posée sur le fond, droite, invitante. Je la reconnais immédiatement, c’est celle de Rackam Le Rouge et du trésor de la Méduse, celle de Vingt Mille Lieues sous les Mers, celle de tous les rêves, celle pour laquelle toutes les plongées d’exercice dans l’obscurité froide des lacs alpins et tous les essais de configuration dans les eaux bretonnes se justifient. Elle est là ! Sous mes yeux ! Drapée dans une dentelle de filets qui la couvrent de traînes délicates. Le bout est amarré sur l'arrière bâbord, près du canon qui a été rajouté sur ce paisible cargo, au-dessus des cabines, sans réussir à en faire un bâtiment de guerre. Une large et profonde cale s'ouvre à gauche en contrebas mais nous partons d'abord sur la droite, vers l'arrière, pour descendre sur l'hélice. A 93 mètres de profondeur, celle-ci est à moitié ensablée et ses pales de taille modeste prouvent bien que ce vaisseau n'était pas prévu pour le combat. Nous remontons le long de la coque bâbord et retrouvons la cale aperçue lors de notre arrivée sur l'épave. Nous y descendons et sur le premier niveau nous découvrons une accumulation de longs vases à roses et de carafes en verre. Certains sont en parfait état mais la plupart sont ébréchés. Nous cherchons des objets portant une inscription qui nous aiderait à identifier ce navire avec certitude mais nous ne trouvons rien dans cette cale. Les manipulations soulèvent des nuages de poussière fine qui restent en suspension. Nous remontons sur le pont et avançons vers la timonerie dont nous repérons les éventuelles entrées. Après la timonerie nous planons au-dessus du pont où se trouve un énorme treuil. Au-delà, la coque est effondrée sur tribord, là où vraisemblablement la torpille du Truant a frappé le navire. Nous nous arrêtons là pour cette première exploration et retournons vers le bout en longeant le bordé babord. Je teste le fonctionnement du circuit ouvert intégré à l'embout du circuit fermé : un quart de tour et ... je respire en circuit ouvert sur mon diluant de fond. Je refais un quart de tour dans l'autre sens et de nouveau je me retrouve en circuit fermé. Parfait ! Puis je m'entraîne à appuyer avec la main gauche sur la membrane de la valve automatique pour m'en servir comme un injecteur manuel et je finis mes exercices en faisant coulisser la valve Apeks-Zeagle de fermeture d'alimentation de la valve automatique. Aucun problème ! Une paire de grands portiques s'ouvre de chaque côte vers l'extérieur entre la timonerie et la cale que nous avons explorée. Sûrement ceux des embarcations de sauvetage empruntées par l'équipage au moment du drame. Vingt et une minute et nous nous trouvons sur l'amarrage du bout, à 80 mètres; parfait, nous sommes dans le timing. A 72 mètres je monte la PpO2 à 1,3 bar et la lente ascension vers la surface commence. A 21 mètres rinçage au nitrox 32 après avoir fermé la vanne de la VAAD. Tout fonctionne et se déroule comme prévu. Sortie de l'eau à 100 minutes après avoir un peu rallongé les paliers de 6 et 4,5 mètres.

       Mardi, sept heures du matin, le rythme est pris. Le vent est tombé, la chaleur et les couleurs sont estivales. Je plonge avec Franco, professeur d’électronique à Naples, qui a adapté des capteurs de PpO2 dans les sacs inspiratoire et expiratoire de son circuit semi-fermé Azimuth. Nous descendons de nouveau sur le LOREDANO à 65 mètres. Sans bulles, nous sommes accueillis par un banc de dorades énormes. Les mérous, également imposants, sillonnent le fond et leur curiosité n’est pas inhibée par les chapelets habituels de bulles et de bruits qui s’échappent des détendeurs. Vingt-cinq minutes au fond cela laisse le temps de flâner entre les tresses qui descendent nonchalamment de la mâture pour se répandre sur le sable. Je rejoins la seconde palanquée qui est descendue après nous et derrière Suzanna, la maîtresse des lieux, nous pénétrons dans les cales et les larges coursives de ce cargo qui dort sur le côté. Après une déco dans le courant qui s’est levé et qui nous maintient en drapeau au bout de mouillage, changement de diluant à 21 mètres, et sortie de l’eau quatre-vingt minutes après la bascule par-dessus le boudin du pneumatique. L'équipe qui a plongé ce matin sur le BENGASI a rapporté une coupe sur laquelle nous pouvons encore lire le nom FLORIO, celui de la compagnie à laquelle appartenait ce navire. L'étau se resserre autour de son identification.

       Mercredi, je repars pour une deuxième plongée sur le BENGASI. Un peu de répit matinal nous a été accordé par l’organisation des bateaux et notre équipe ne partira qu’à midi. J’en profite pour rincer et contrôler le recycleur sous toutes ses soudures et derrière tous ses joints. Aucun souci en perspective. Je descends avec Eric. En moins de deux minutes nous atteignons 60 mètres et une inquiétude me gagne : pourquoi ne voit-on pas déjà l’épave comme je pouvais l’apercevoir lundi. Brutalement elle apparaît extrêmement nette, nous en distinguons presque tout le pont, et en même temps le contact d’une eau froide me ramène à la réalité. Je comprends maintenant le flou dans lequel elle nous apparaissait plus haut : la thermocline. L’eau en surface est à 23 ° et au fond une couche d’eau froide à 14°  s’avance vers la côte et à recouvert l’épave. Les propriétés optiques différentes de ces deux couches d’eau qui ne se mélangent pas, créent un effet de flou à leur interface de séparation. Le parcours est le même que celui de la veille, nous nous attardons un peu plus sur l'avant sans toutefois atteindre la proue. L'eau est claire et la lente remontée avec des paliers très profonds nous laisse encore de longs moments à contempler ce vestige fragile d'un passé qui s'éloigne un peu plus chaque année. Déco sans problèmes avec PpO2 à 1,3 puis changement de diluant. En surface notre cameraman est content, les conditions étaient bonnes et le film devrait nous permettre de découvrir de nouveaux aspects de cette épave qui échappent à la sensibilité de l’œil. L'apport de la vidéo à l'exploration des épaves est considérable et le visionnement des films en fin de journée révèle des détails que l’œil n'a pu percevoir. La mer étant calme, nous partons à la recherche d'une autre épave posée sur 103 mètres, deux milles plus au large : le SAN MARCO. Stefano qui dirige le centre Prodive m'a donné les coordonnées GPS de la poupe et de la proue qui lui ont été transmises par un pécheur, mais il n'est pas sûr du système géodésique de référence. Je calcule rapidement le "mid-point" entre ces deux points et nous essayons d'abord de trouver un écho avec le système Roma 1940 habituellement utilisé dans les eaux italiennes. Sans succès nous parcourons les zones supposées du mid-point, de la poupe puis de la proue pendant une vingtaine de minutes. Finalement je reprogramme le GPS en WGS 84 et réintroduis les trois points de l'épave. Goto sur le mid-point et rapidement le sondeur accuse des élévations du fond de l'ordre d'une dizaine de mètres. De nombreux échos sont retrouvés sur chacun des points et le long de la ligne qui les rejoint. Il s'agit bien d'une épave de grande taille. Satisfait de nos recherches nous rentrons à la nuit tombante sur Villasimius en espérant pouvoir organiser une exploration rapide avant la fin de la semaine.

       Jeudi, après discussion au cours du dîner de la veille, une équipe a été constituée pour plonger sur le SAN MARCO à midi. La météo qui s'est dégradée pendant la nuit ne permettra pas cette modification de programme in extremis car il n'y a pas de mouillage fixé sur le SAN MARCO pour réaliser cette plongée dans de bonnes conditions avec un peu de mer. Nous plongerons donc sur le BENGASI comme prévu initialement, toujours à la recherche de preuves formelles de son identité. Les plongeurs en circuit ouvert passent quelques heures à modifier leur mélange fond qui avait été préparé la veille. Avec le circuit fermé je n'ai pas ce problème, mon 8/62 couvre les profondeurs de 80 à 120 mètres. Entre 60 et 80 mètres il peut encore servir mais les décos sont alors notablement plus longues qu'en circuit ouvert avec des mélanges adaptés. Aldo nous fait répéter notre progression sur l'épave pour les séquences de photographie. Nous nous immergeons vers une heure de l'après-midi et les photos portent surtout sur la partie arrière de l'épave. Celles-ci terminées je pars sur l'avant avec Stefano mais le temps restant ne nous permet pas de pénétration d'exploration. De retour au bout nous récupérons une assiette déposée sur le toit des cabines par les plongeurs du matin. Une fois débarrassée de sa gangue de concrétions elle ne nous révèlera malheureusement pas grand chose sur son origine. En revanche, Cédric a découvert dans une coursive une inscription qui semble bien être BENGASI, sur une plaque qui n'a pas pu être détachée. Une fois de retour, il donne les explications à Aldo pour localiser et photographier cette plaque qui confirme que ce navire est bien celui que nous croyons.

       Vendredi, veille de notre départ en avion, je décide finalement de ne pas plonger. La fatigue commence à se faire sentir après cinq jours consécutifs de plongée profonde. Néanmoins pas de grasse matinée car je suis d'assistance en surface avec Eric et Vera pour l'équipe du matin. Donc petit-déjeuner à sept heures, puis préparation et vérification du matériel de sécurité à bord du zodiac. Départ à huit heures et demi, direction plein est, face au soleil, et rapidement nous sommes sur la bouée. Après installation de la barre de paliers à 6 mètres, la première palanquée se met à l'eau à neuf heures avec Joseph, Luca et Stefano, suivie de la seconde dix minutes plus tard avec Tom et Cédric. Peu de courant, pas de mer, mais le soleil lutte avec difficultés contre la fraîcheur du grecale. En surface, nous surveillons les bulles et suivons pas-à-pas la progression de chaque palanquée sur l'épave puis leur retour et leur lente ascension le long du mouillage. Une heure plus tard les plongeurs quittent la ligne de mouillage pour passer sous le zodiac à six mètres et prendre l'oxygène pur à la barre de paliers accrochée sur l'arrière du zodiac. Orchestration et timing parfaits. Nous passons à Cédric son appareil photo au bout d'un filin lesté. Il va mitrailler aux paliers. Un des flotteurs de la barre se dégonfle dangereusement. Nous le renforçons avec les pare-battages. Puis un jet continu de bulles s'échappe de la barre, un des joints du circuit de l'oxygène a du s'extruder. La B50 se vide en effet plus rapidement mais il restera tout de même 50 bars à la fin des décompressions. Il faudra penser à la changer pour la prochaine équipe. Nous récupérons les plongeurs qui remontent un par un et la manipulation de leurs blocs me semble exténuante. Je crois finalement que j'aurai été bien incapable de plonger en sécurité aujourd'hui et je suis bien content de profiter tout simplement de cette balade en mer. De retour au port nous préparons le zodiac pour la seconde équipe qui va partir sur le BENGASI vers midi. L'après-midi est consacré au démontage, rinçage et séchage du matériel qui va faire le voyage de retour dans les malles. J'accompagne également chez l'ORL un des plongeurs qui a été pris de vertiges pendant la matinée. Son examen éliminera un accident vestibulaire induit par l'hélium ou un barotraumatisme de l'oreille interne et le diagnostic de surmenage de l'oreille interne sera finalement retenu. Tout le monde a besoin de repos.

       Samedi matin nous accompagnons au port la dernière palanquée qui part vers huit heures sur le BENGASI pour essayer de retrouver et de photographier la plaque avec l'inscription de son nom. Puis après la fermeture des malles nous partons avec Eric pour un footing le long de la côte, qui nous conduira sur un promontoire rocheux d'où nous apercevrons en contre-jour dans le soleil le profil du zodiac sur l'épave. Vers midi nous quittons le Fiore di Maggio et effectuons un court crochet par le port avant de prendre la route de l'aéroport. Nous y saluons les derniers plongeurs, rayonnant, car ils ont pu retrouver l'accès à la fameuse plaque et Aldo en a quelques clichés dans son Aquatica. Arrivé à l'aéroport j'apprends à Eric et Christophe une bonne nouvelle : notre avion n'a que vingt-cinq minutes de retard. Pas mal pour Meridiana ! Fausse joie car finalement nous décollerons avec plus d'une heure de retard ... mais tous les bagages seront présents à Paris. De quoi se plaint-on ?

       Voilà brièvement résumé quelques jours de plongée en équipe, au cours desquels l'enrichissement humain est immense. Certes, l'objectif MARTE n'a pu être réalisé en raison des conditions météo qui rendaient impossibles le trajet de plus d'une heure vers son mouillage. Mais par ailleurs quels succès, quels plaisirs, quel enrichissement humain au contact de ces plongeurs passionnés venus de Hollande, d'Italie, de Suisse, de France. Soixante-dix plongées réalisées à 95 mètres sans incident majeur. Merci à Aldo, Suzanna et Stefano Bianchelli, qui ont géré l'organisation et l'intendance pendant une semaine. Déjà une idée circule : rendez-vous ici dans un an pour explorer le SAN MARCO. Et pourquoi pas ? Quant à mes modifications d'équipement et de procédure de décompression sur le Buddy Inspiration, là encore succès total. Je les adopte de façon définitive, ou plutôt jusqu'aux prochaines modifications ...

 
Stéphane Havard. Octobre 2002.
 
 

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